Dossier · France
Charles de Gaulle : ce qu’il a fait, ce qui se discute
Charles de Gaulle (1890-1970) est un général et homme d’État français. Le 18 juin 1940, depuis Londres, il appelle à poursuivre la guerre et fonde la France libre, puis dirige le gouvernement provisoire jusqu’à sa démission, le 20 janvier 1946. Investi par l’Assemblée le 1er juin 1958, il fait adopter la Constitution de la Ve République et préside la France du 8 janvier 1959 au 28 avril 1969.
En quelques dates
- 18 juin 1940L’appel de LondresDiffusé par la BBC, entendu par très peu de monde, et jamais enregistré.
- 21 avr. 1944Les femmes deviennent électricesUn mois après l’amendement Grenier, voté par l’Assemblée consultative d’Alger.
- 1er juin 1958Investi par l’Assemblée329 voix pour, 224 contre ; les pleins pouvoirs pour six mois sont votés le lendemain.
- 4 oct. 1958La Ve République est promulguéeLe texte avait été approuvé par référendum six jours plus tôt.
- 18 mars 1962Les accords d’ÉvianLe référendum du 8 avril les approuve par 90,81 % des suffrages exprimés.
- 28 avr. 1969Il cesse ses fonctionsAu lendemain d’un référendum rejeté par 52,41 % des votants.
Ce qu’on sait
Le 18 juin 1940, un homme entre dans un studio de la BBC et parle à un pays qui ne l’écoute pas. Il est général de brigade à titre provisoire depuis le 1er du mois, et il n’est plus ministre : le gouvernement auquel il appartenait est tombé deux jours plus tôt. Personne n’enregistre. Le 2 août, un tribunal militaire siégeant à Clermont-Ferrand le condamne à mort par contumace.
Quatre ans plus tard, il gouverne. Il signe l’ordonnance du 21 avril 1944, qui fait des Françaises des électrices ; le 25 août, à l’Hôtel de Ville de Paris, il lance « Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! mais Paris libéré ! ». Puis il s’en va : démission le 20 janvier 1946, et douze ans sans gouverner.
Le retour se joue en quelques mois. Alger se soulève le 13 mai 1958 ; le 1er juin, l’Assemblée l’investit par 329 voix contre 224 ; le 28 septembre, la Constitution qu’il a voulue est approuvée par référendum avec 82,6 % des suffrages, et promulguée le 4 octobre. Suivent onze ans de pouvoir : l’autodétermination de l’Algérie, les accords d’Évian du 18 mars 1962, l’élection du président au suffrage universel direct. Le 27 avril 1969, 52,41 % des votants disent non à son dernier référendum. Le lendemain, il cesse ses fonctions.
Ce qu’on croit à tort
L’appel qu’on entend chaque 18 juin n’est pas celui du 18 juin. La BBC n’a pas conservé d’enregistrement du discours de ce soir-là, que très peu de Français ont écouté. La voix qui passe depuis à la radio est celle du 22 juin : un second appel, prononcé quatre jours plus tard, et celui-là enregistré. C’est cet enregistrement, et non le premier, que l’Unesco a inscrit en 2005 à côté du manuscrit du 18.
La phrase la plus connue de l’appel n’est pas dans l’appel. « La France a perdu une bataille ! Mais la France n’a pas perdu la guerre ! » ouvre l’affiche « À tous les Français », placardée sur les murs de Londres le 3 août 1940 et tirée d’abord à mille exemplaires. L’affiche reprend des formules des discours de juin, mais elle en est une version différente : il n’a pas prononcé cette phrase le 18.
Le vote des femmes n’a pas été décidé par un seul homme. Le texte discuté par l’Assemblée consultative d’Alger prévoyait seulement que les femmes seraient éligibles. C’est un amendement du député communiste Fernand Grenier, voté le 24 mars 1944, qui écrit qu’elles seront « électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes ». De Gaulle signe l’ordonnance un mois plus tard.
Ce que les historiens débattent
Comment il est revenu, en 1958. René Rémond s’en tient à ce qui est établi et public, et met l’accent sur la faillite de la IVe République, l’absence de consensus et l’indifférence du pays devant son abandon, plutôt que sur un complot. Odile Rudelle soutient l’inverse : une manœuvre gaulliste tenue d’un bout à l’autre, et rappelle une phrase de lui, en 1951 : « pour faire un 18 Juin, il faut l’ambiance ! ». Gaetano Quagliariello déplace la question vers la « zone grise » où l’illégalité des uns élargit la marge des acteurs légaux, et reprend pour l’épisode la formule de « coup d’État démocratique ».
Ce qu’il voulait pour l’Algérie. Guy Pervillé passe les lectures en revue sans en valider aucune entièrement. Pour Xavier Yacono et Irwin Wall, de Gaulle a d’abord tout fait pour garder l’Algérie française, jusqu’à concéder l’autodétermination en septembre 1959. Le général Challe le jugeait sans plan, improvisant. D’autres, s’en tenant aux déclarations publiques, estiment qu’il a changé de politique, mais bien plus lentement qu’il ne l’a dit ensuite.
Le 29 mai 1968, et la mémoire. Ce jour-là il disparaît et va voir le général Massu à Baden-Baden. Massu a rapporté un homme qui lui disait « tout est foutu » et venait chercher refuge ; son gendre Alain de Boissieu a soutenu l’inverse, la décision prise avant le départ et le discours du 30 mai déjà posé sur le bureau de l’Élysée. Plus large : c’est Henry Rousso qui a forgé le mot « résistancialisme » dans Le Syndrome de Vichy, pour ce mythe d’une nation restée unie et non compromise sous l’Occupation, bâti peu à peu après 1944.
Ce qu’il en reste
Les institutions d’abord : la Constitution du 4 octobre 1958 est toujours en vigueur, et le président est élu au suffrage universel direct depuis le référendum du 28 octobre 1962. Les textes ensuite : le manuscrit de l’appel du 18 juin, l’enregistrement de celui du 22 juin, le manuscrit de l’affiche « À tous les Français » et l’affiche elle-même sont inscrits depuis 2005 au registre Mémoire du monde de l’Unesco. Et une tombe à Colombey-les-Deux-Églises, où il est mort le 9 novembre 1970.
Questions fréquentes
- Qu’est-ce que l’appel du 18 juin 1940 ?
- Un discours prononcé au micro de la BBC, à Londres, le soir du 18 juin 1940, où de Gaulle appelle à ne pas tenir la défaite pour définitive et à continuer le combat. Il est diffusé en direct, écouté par très peu de Français, et la BBC n’en garde aucun enregistrement : il n’en subsiste que le texte manuscrit, inscrit depuis 2005 au registre Mémoire du monde de l’Unesco. La Fondation Charles de Gaulle y voit l’acte fondateur de la France libre.
- De Gaulle est-il revenu au pouvoir par un coup d’État en 1958 ?
- La procédure a été parlementaire : l’Assemblée nationale l’investit le 1er juin 1958 par 329 voix contre 224, puis vote le 3 juin la loi qui autorise le gouvernement à préparer une Constitution. Le contexte, lui, est le soulèvement d’Alger du 13 mai. Les historiens divergent : René Rémond s’en tient à la faillite de la IVe République, Odile Rudelle décrit une manœuvre gaulliste conduite de bout en bout, et Gaetano Quagliariello reprend pour l’épisode la formule de « coup d’État démocratique ».
- Pourquoi de Gaulle a-t-il démissionné en 1969 ?
- Il avait lié son maintien au résultat d’un référendum sur la réforme du Sénat et la création des régions. Le 27 avril 1969, le non l’emporte avec 52,41 % des suffrages. À minuit dix, depuis Colombey-les-Deux-Églises, il fait savoir qu’il cesse d’exercer ses fonctions de président de la République, la décision prenant effet à midi le jour même.
- Qui a donné le droit de vote aux femmes en France ?
- L’ordonnance du 21 avril 1944, signée par de Gaulle, dispose que les femmes sont électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes. Cette formule ne vient pas de lui : le projet initial ne prévoyait que l’éligibilité, et c’est un amendement du député communiste Fernand Grenier, voté par l’Assemblée consultative le 24 mars 1944, qui l’a imposée. Les Françaises votent pour la première fois aux municipales du 29 avril 1945.
Retiens ce que tu viens de lire.
Cinq minutes par leçon, en cartes, avec une question le lendemain pour que ça reste.
Sources
- Ordre de la Libération, texte intégral des appels du général de Gaulle des 18 et 22 juin 1940
- Fondation Charles de Gaulle, affiche « À tous les Français » placardée sur les murs de Londres le 3 août 1940
- Fondation Charles de Gaulle, « Discours de l’Hôtel de Ville de Paris, 25 août 1944 », texte intégral
- Fondation Charles de Gaulle, « Entretien avec le général Alain de Boissieu » sur le 29 mai 1968
- Fondation Charles de Gaulle, « Le refus de l’armistice et l’appel du 18 juin »
- Fondation Charles de Gaulle, frise chronologique (nomination de 1940, démission de janvier 1946)
- Fondation Charles de Gaulle, « Charles de Gaulle, du 24 au 29 mai 1968 » et la version du général Massu
- Fondation Charles de Gaulle, « 28 avril 1969 : le général de Gaulle cesse d’exercer ses fonctions »
- Fondation Charles de Gaulle, biographie du général Alain de Boissieu
- Assemblée nationale, « De Gaulle, 1er juin 1958 » : le débat et le vote d’investiture
- Assemblée nationale, « La décision du général de Gaulle » : l’amendement Fernand Grenier et l’ordonnance du 21 avril 1944
- Conseil constitutionnel, tableau récapitulatif des référendums de la Ve République
- Élysée, biographie de Charles de Gaulle (fin de fonctions en 1969, mort à Colombey en 1970)
- Élysée, « L’investiture de Charles de Gaulle » : la passation du 8 janvier 1959
- Pierre Girard, « Le 13 Mai dans l’historiographie », dans Mai 1958, Presses universitaires de Rennes (Rémond, Rudelle, Quagliariello)
- Guy Pervillé, « De Gaulle et le problème algérien en 1958 », Outre-mers, 2008 (Persée)
- Luc Capdevila, « La construction du mythe résistancialiste », dans La Résistance et les Français, Presses universitaires de Rennes
- Fondation de la Résistance, glossaire : « résistancialisme », néologisme forgé par Henry Rousso
- INA, « La véritable histoire du 18 juin 1940 » : l’absence d’enregistrement et la confusion avec le 22 juin
- INA, « 29 avril 1945 : les Françaises votent pour la première fois »
- Histoire par l’image (ministère de la Culture), « À tous les Français » : l’affiche de Londres
- Vie-publique.fr, « C’était le 18 mars 1962 : la signature des accords d’Évian »
- Unesco, registre Mémoire du monde, « The Appeal of 18 June 1940 » (inscription de 2005)
- Chemins de mémoire, « 2 août 1940 : le général de Gaulle est condamné à mort par contumace »
Mis à jour le 19 septembre 2026