Dossier · Musique
Daft Punk : ce que deux robots ont fait au disco
Daft Punk est un duo français de musique électronique, formé à Paris en 1993 par Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo et dissous le 22 février 2021. Anonyme dès ses débuts, casqué en robots à partir de 2001, il a publié quatre albums studio (Homework, Discovery, Human After All, Random Access Memories) et remporté six Grammy Awards.
Cette histoire est aussi une leçon de cinq minutes dans Pépite. Essayer les premières cartes
En quelques dates
- 1993Le duoAprès Darlin’, un trio de pop indé, Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo passent aux machines.
- 20 janv. 1997HomeworkLe premier album, chez Virgin, après des maxis sur le label écossais Soma.
- 2001DiscoveryLe deuxième album, et les deux casques de robots, présentés dans The Face en février.
- 2013Random Access MemoriesUn album enregistré avec des musiciens de studio, chez Columbia.
- 2014Quatre Grammy AwardsDont l’album de l’année pour Random Access Memories et l’enregistrement de l’année pour « Get Lucky ».
- 22 févr. 2021« Epilogue »Une vidéo de huit minutes annonce la fin. La BnF ferme la notice du duo à cette date.
Ce qu’on sait
Avant les machines, il y a un trio de pop indé qui s’appelle Darlin’ : Thomas Bangalter, Guy-Manuel de Homem-Christo, et Laurent Brancowitz, futur guitariste de Phoenix. La presse spécialisée anglaise les éreinte, le groupe s’arrête, et les deux qui restent gardent pour nom l’un des quolibets. La Bibliothèque nationale de France ouvre la notice du duo en 1993 et la referme au 22 février 2021 : vingt-huit ans, quatre albums studio, et deux visages qu’on n’a presque jamais vus.
Leurs premiers disques paraissent sur Soma, un label écossais ; « Da Funk » sort en 1995. Virgin les signe à l’automne 1996 et Homework paraît le 20 janvier 1997. Suivent Discovery en 2001, Human After All en 2005, la bande originale de Tron: Legacy en 2010, et Random Access Memories en 2013, un album enregistré avec des musiciens de studio, qui leur vaut quatre Grammy Awards en 2014, dont l’album de l’année. Ils en avaient déjà gagné deux en 2009.
Le 22 février 2021, une vidéo de huit minutes intitulée « Epilogue » se termine sur deux dates : 1993-2021. Pas de communiqué, pas d’explication, pas de tournée d’adieu. Deux ans plus tard, Thomas Bangalter finit par en parler : la dernière chose qu’il voudrait être, dit-il à la BBC en 2023, c’est un robot.
Ce qu’ils ont fait au disco
Le geste tient en trois temps, et il n’a rien d’un secret. On prend quelques mesures d’un vieux disque de disco ou de funk. On les fait tourner en boucle. Et on passe le tout dans un filtre : un bouton qui coupe les aigus, puis les rend, à la main, pendant que le morceau avance. Le disque s’éloigne, revient, respire.
Rien de tout cela n’a été inventé à Paris, et c’est le sujet : la house et la techno naissent dans les clubs underground de Chicago et de Détroit, le disco dans le New York des années 1970, c’est le découpage que retient la Philharmonie de Paris en 2019. Le musée voit d’ailleurs dans le mix une transposition du collage, celui des arts plastiques, dans la musique populaire. Ce que le duo apporte, c’est une manière de citer : on entend le disque d’origine, et on entend la main qui le tord.
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Les premières cartes de « La French touch, ou comment Paris a filtré la house », telles que tu les verras dans l’app.
La French touch · La French touch, ou comment Paris a filtré la house
Imagine un blouson, avec une phrase en anglais dessus. Et une chambre à Paris : deux garçons de vingt ans y tordent de vieux disques de disco. Cette scène-là est née sur un blouson, dans une phrase, et dans une chambre.
- 1994Le blousonF Communications, le label de Laurent Garnier et Éric Morand, et une phrase : « We give a French touch to house music ».
- 20 janv. 1997HomeworkLe premier album de Daft Punk, chez Virgin, enregistré dans une chambre.
- 1998Moon SafariAir : la French touch sait aussi chuchoter.
- 2001DiscoveryDeux robots débarquent, et la planète entière chante en français sans s’en rendre compte.
Les casques
L’anonymat vient d’abord ; les casques viennent après. La Philharmonie de Paris date l’anonymat de 1993, l’année de la formation, et l’apparition des deux alter ego robots de 2001, avec Discovery. Entre les deux, le musée décrit une posture qui cherche sa forme, puis devient une esthétique complète, graphique, visuelle et scénique. Il note aussi qu’ils comparaient eux-mêmes ces robots aux personnages inventés par David Bowie ou The Residents : un costume de scène, pas une disparition.
Les casques ont été fabriqués, et on sait par qui. Présentés dans le magazine The Face en février 2001, ils ont été construits par Tony Gardner, un spécialiste des effets spéciaux, d’après des dessins d’Alexandre Courtès et Martin Fougerol, deux amis du duo. Un casque doré, un casque argenté, portés en public pendant vingt ans.
Ce qu’on croit à tort
La meilleure histoire du dossier est fausse, et ce sont eux qui l’ont racontée. Un accident de studio, le 9 septembre 1999 ; un flash ; de la poudre d’or et d’argent partout ; ils se réveillent robots. Ils l’ont servie à Cartoon Network en 2004 et elle a fait le tour du monde. Ce n’est pas un mensonge, c’est un gag, et le seul moyen honnête de le raconter est de dire que c’est leur version à eux.
Deuxième idée reçue : les casques auraient caché un secret. La Philharmonie de Paris parle d’une « forme d’anonymat », devenue ensuite une esthétique. Et l’arrivée des robots dans The Face, en février 2001, a été montée avec leur attaché de presse et le magazine : le journaliste qui les a interviewés parle d’une campagne dont il se sentait faire partie.
Troisième, la plus embêtante : les dates. Elles flottent, y compris entre bonnes sources : le récit de presse arrête Darlin’ en 1992 et place le premier disque sur Soma en 1993, quand la BnF, elle, ouvre la notice du duo en 1993 et la ferme au 22 février 2021. Ce sont ces deux bornes-là qu’on retient ici, et les années d’albums avec, parce que chaque disque est déposé au catalogue de la même bibliothèque.
Ce qu’il en reste
Un label, d’abord : Pedro Winter, le manager du duo, fonde Ed Banger Records en 2003, pendant que Bangalter et Homem-Christo sont enfermés en studio ; Justice signe presque aussitôt, et son premier album fait le tour du monde en 2007. Un musée, ensuite : en 2019, la Philharmonie de Paris a intitulé son exposition sur la musique électronique « Electro : de Kraftwerk à Daft Punk » : le duo y est devenu une borne. Et une méthode, qui n’a pas vieilli : prendre un disque qu’on aime, le tordre, et assumer qu’on l’a pris.
Questions fréquentes
- Pourquoi Daft Punk portait-il des casques ?
- Parce que l’anonymat était une règle du projet dès 1993, bien avant les casques. Les deux robots arrivent en 2001, avec Discovery : présentés dans The Face en février, construits par Tony Gardner d’après des dessins d’Alexandre Courtès et Martin Fougerol. La Philharmonie de Paris note que le duo comparait lui-même ces alter ego aux personnages de David Bowie ou de The Residents.
- D’où vient le nom Daft Punk ?
- D’une mauvaise critique. Avant l’électronique, Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo jouaient dans un trio de pop indé appelé Darlin’, que la presse spécialisée anglaise a expédié d’un quolibet. Ils ont gardé l’insulte comme nom. La formule précise est reprise partout sans qu’on puisse remonter à l’exemplaire du magazine : c’est le récit du duo, pas une pièce d’archive.
- Pourquoi Daft Punk s’est-il séparé ?
- Aucune raison n’a été donnée le 22 février 2021 : la vidéo « Epilogue » se termine sur « 1993-2021 », et c’est tout. Leur attachée de presse a confirmé la nouvelle sans expliquer quoi que ce soit. Thomas Bangalter s’en est expliqué deux ans plus tard, en disant à la BBC que la dernière chose qu’il voudrait être en 2023, c’est un robot.
- Daft Punk a-t-il inventé la French touch ?
- Non. Le terme vient d’une phrase d’Eric Morand, cofondateur avec Laurent Garnier du label F Communications : en 1994, il déclare « We give a french touch to house music ». Et la musique vient d’ailleurs : la house et la techno des clubs de Chicago et de Détroit, le disco du New York des années 1970. Daft Punk est le groupe qui a rendu cet accent audible partout, pas celui qui l’a fondé.
Cette histoire est racontée en cinq minutes
Cinq minutes par leçon, en cartes, avec une question le lendemain pour que ça reste.
Sources
- Bibliothèque nationale de France, catalogue général, notice de collectivité « Daft punk », Paris, 1993 au 22-02-2021
- Philharmonie de Paris, exposition « Electro : de Kraftwerk à Daft Punk », du 9 avril au 11 août 2019
- Recording Academy, grammy.com, page artiste Daft Punk (palmarès et nominations)
- DJ Mag, « The real story of how Daft Punk became the robots », 17 août 2021
- DJ Mag, « Daft Punk’s Thomas Bangalter explains their split », 2023
- NME, « Daft Punk confirm their split after 28 years », 22 février 2021
- France 24, « French dance music duo Daft Punk split after 28 years », 22 février 2021
- Addict Culture, « 20 janvier 1997, sortie de l’album Homework de Daft Punk »
- Cnap, fiche de l’exposition « French touch » aux Arts Décoratifs, du 10 octobre 2012 au 31 mars 2013
- Double J (ABC), « Ed Banger Records: 7 insights from label founder Pedro Winter », 1er juillet 2021
- Daft Punk, site officiel (discographie)
Mis à jour le 19 septembre 2026