Dossier · Mode
Gabrielle Chanel : la femme qui a tissé sa légende
Gabrielle Chanel, dite Coco Chanel, est une couturière française née à Saumur en 1883 et morte à Paris en 1971. Modiste rue Cambon en 1910, elle ouvre une boutique à Deauville en 1912 et une maison de couture à Biarritz en 1915. Le jersey, la petite robe noire, le parfum N°5, le tailleur en tweed et le sac 2.55 sont ses créations les plus durables.
Cette histoire est aussi une leçon de cinq minutes dans Pépite. Essayer les premières cartes
En quelques dates
- 1883SaumurGabrielle Chanel naît le 19 août, à l’hospice de la ville.
- 1910Rue CambonElle ouvre « Chanel Modes » au 21. Modiste : des chapeaux, pas des robes.
- 1921Le N°5Le parfum est créé à Grasse avec Ernest Beaux. Le monogramme à deux C apparaît la même année.
- 1926« La Ford de Chanel »Le Vogue américain publie une robe noire en crêpe de Chine et la surnomme ainsi.
- 1954Le retourLa maison rouvre en 1953 après quatorze ans d’absence ; elle dévoile sa collection le 5 février 1954. Elle a soixante et onze ans.
- 1971Le RitzElle meurt le 10 janvier dans sa chambre d’hôtel, en préparant une collection.
Ce qu’on sait
Elle naît le 19 août 1883 à l’hospice de Saumur, dans une famille modeste : c’est ce qu’écrit le Palais Galliera, et c’est à peu près tout ce que les institutions disent de son enfance. En 1909, elle ouvre un atelier de chapeaux ; en 1910, « Chanel Modes » s’installe au 21, rue Cambon. Modiste, pas couturière. La couture viendra par la plage : Deauville en 1912, Biarritz en 1915.
La suite est une série de décisions, et chacune consiste à retirer quelque chose. Le corset. Puis l’ornement : « c’est la matière qui fait la robe et non les ornements que l’on peut y ajouter », dit-elle. Puis la couleur. Le Palais Galliera résume le geste : elle fait « avec la maille ou le tweed, ces étoffes communes », des tenues à l’allure désinvolte. Prendre ce qui ne vaut rien et le rendre cher.
En 1939, la maison de couture ferme dès la déclaration de guerre, le 3 septembre ; seule la boutique de parfums et d’accessoires du 31, rue Cambon reste ouverte. Puis quatorze ans d’absence, dont des années d’Occupation sur lesquelles le Palais Galliera reconnaît que le débat continue. La maison rouvre en 1953, et Chanel dévoile sa collection le 5 février 1954, à soixante et onze ans. Une partie de la presse de mode lui reproche de refaire ses décennies passées ; Elle et le Vogue américain, eux, lui donnent raison.
Le jersey, le noir, le numéro
Le jersey est une maille, pas un tissu de couturier : souple, bon marché, bon pour les tricots et les dessous. Elle en fait des vêtements, et une marinière en jersey de soie de l’été 1916, conservée par le Patrimoine de CHANEL, a ouvert la rétrospective du Palais Galliera. En novembre 1915, le New York Herald Tribune écrivait qu’on avait vu les tailleurs en jersey de Chanel en telle profusion à Deauville l’été précédent qu’ils y passaient pour un uniforme. Un an plus tard, le Vogue américain et le britannique tranchent, rapporte le V&A : « Chanel est maîtresse de son art, et son art réside dans le jersey ».
Le noir est alors la couleur du deuil et du service. En octobre 1926, le Vogue américain publie une robe noire en crêpe de Chine et la surnomme « la Ford de Chanel » : simple, pour toutes, la même pour tout le monde. Le Palais Galliera date de cette publication la consécration de la petite robe noire.
Le N°5 est créé en 1921 à Grasse avec le parfumeur Ernest Beaux. Il ne sent aucune fleur en particulier : pas moins de quatre-vingts composants selon le Palais Galliera, et des aldéhydes, ces matières de synthèse « utilisées pour la première fois en surdosage », écrit le musée. Flacon carré, étui blanc surligné de noir, et un chiffre pour nom quand tous les parfums portent des noms de fleurs.
Sans compte, sans carte bancaire
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Les premières cartes de « Chanel, ou comment une orpheline a habillé le siècle », telles que tu les verras dans l’app.
Chanel · Chanel, ou comment une orpheline a habillé le siècle
Deux silhouettes, vingt-six ans d’écart. Entre les deux : une guerre, des voitures, des femmes qui sortent travailler. Et une couturière qui a compris que le luxe, désormais, ce serait le confort. Gabrielle Chanel. Elle a appris à coudre chez des religieuses.
| 1900 | 1926 |
|---|---|
| Le corset, la taille étranglée | Une robe droite, et du noir |
| La jupe balaie le sol | L’ourlet s’arrête au genou |
| Un chapeau à plumes | Un chapeau cloche |
Ce qu’on croit à tort
Cinq histoires circulent sur elle, toujours les mêmes. Le surnom « Coco » viendrait des cafés de Moulins. Le double C viendrait des mosaïques de l’abbaye d’Aubazine. Le flacon du N°5 copierait la place Vendôme. Le surdosage d’aldéhydes serait l’erreur d’un assistant. Et le flacon serait entré au MoMA.
Regarde ce que les musées écrivent vraiment. Le Palais Galliera porte bien le « Coco » de Moulins dans sa chronologie, et le même musée écrit que les livres ont cherché à percer « le mystère de ses origines ». Aubazine ne figure ni dans ce dossier de presse, ni dans les articles du V&A. Le Galliera date de 1921 la « première apparition du monogramme double C », le V&A le situe sur le bouchon du premier flacon de N°5 : ni l’un ni l’autre ne dit d’où vient le dessin. La place Vendôme, nulle part.
Les deux dernières méritent mieux qu’un démenti. Le surdosage d’aldéhydes est documenté, mais comme un choix : « utilisées pour la première fois en surdosage », écrit le Galliera. Et le MoMA est bien dans la chronologie, à sa date : en 1959, le flacon y a été présenté dans l’exposition « The Package ». Exposé n’est pas acquis. La règle vaut pour le reste : plus une anecdote est jolie et répétée, moins on trouve l’institution qui la porte.
La légende, elle l’a tissée elle-même
Le musée qui lui a consacré sa première rétrospective parisienne l’écrit sans détour : « Gabrielle Chanel devint une légende de son vivant, une légende qu’elle a elle-même tissée », note Miren Arzalluz, directrice du Palais Galliera. Dès les années 1930, la presse relayait « de nombreux récits biographiques » qui n’ont fait qu’accentuer, écrit-elle, une « confusion volontairement entretenue au sujet de sa vie ».
D’où deux régimes de vérité dans le même dossier. Les collections, les défilés, les photographies de presse sont datables. Les histoires d’enfance et l’origine des symboles, non. Deux archives de l’INA la montrent au travail sur elle-même : sa première interview télévisée, le 6 février 1959, et une conversation de 1969 diffusée le 11 janvier 1971.
Ce qu’il en reste
Elle meurt le 10 janvier 1971 dans sa chambre du Ritz, en préparant une collection. Ce qu’elle laisse n’est pas une robe mais une silhouette, et quatre objets qu’on reconnaît sans avoir à les nommer : la veste en tweed gansé, le sac à chaîne, l’escarpin beige à bout noir, le flacon carré. Un demi-siècle après sa mort, ils sont toujours vendus comme des décisions, ce qu’ils étaient.
Questions fréquentes
- Pourquoi le parfum Chanel N°5 s’appelle-t-il N°5 ?
- Parce que Chanel a préféré un chiffre à un nom de fleur. Selon le V&A, Ernest Beaux lui présente dix échantillons et elle retient le cinquième, qui était aussi son chiffre favori ; le Palais Galliera parle d’un chiffre porte-bonheur. Ce qui est sûr, c’est la décision : en 1921, les parfums portent des noms fleuris, et celui-là porte un numéro.
- Pourquoi appelait-on Gabrielle Chanel « Coco » ?
- La chronologie du Palais Galliera la fait remonter à 1907 : attirée par la scène, elle chante dans les cafés de Moulins et garde de cette époque son surnom, tiré de la chanson « Qui qu’a vu Coco sur le Trocadéro ? ». Le même musée rappelle qu’elle a entretenu la confusion sur sa vie, et que le mystère de ses origines occupe encore ses biographes. Son prénom est Gabrielle.
- Qu’est-ce que la petite robe noire, et pourquoi 1926 ?
- Une robe droite, en crêpe de Chine, sans ornement, dans une couleur réservée jusque-là au deuil et au service. En octobre 1926, le Vogue américain la publie et la surnomme « la Ford de Chanel » : simple, pour toutes, la même pour tout le monde. C’est cette publication que le Palais Galliera retient comme la consécration du modèle.
- Que s’est-il passé entre 1939 et 1954 ?
- La maison ferme dès la déclaration de guerre, le 3 septembre 1939 ; seule la boutique de parfums et d’accessoires du 31, rue Cambon reste ouverte. En 1944, écrit le Palais Galliera, Chanel est arrêtée au Ritz par les Forces françaises de l’intérieur en raison de sa relation avec un officier allemand, le baron Hans Günther von Dincklage, puis relâchée après un bref interrogatoire. Elle vit ensuite dix ans retirée de la couture, entre Lausanne, Paris et La Pausa, sa villa de la Côte d’Azur. Le musée le dit lui-même : sa conduite pendant la guerre suscite encore débat et controverse.
Cette histoire est racontée en cinq minutes
Cinq minutes par leçon, en cartes, avec une question le lendemain pour que ça reste.
Sources
- Palais Galliera, dossier de presse de l’exposition « Gabrielle Chanel. Manifeste de mode », 2020-2021
- Victoria and Albert Museum, « Gabrielle Chanel: dressing the modern woman »
- Victoria and Albert Museum, « What makes CHANEL so iconic? »
- INA, « Coco Chanel N°1 », première interview télévisée, 6 février 1959
- INA, « Dernière interview de Coco Chanel », 1969, diffusée le 11 janvier 1971
- Palais Galliera, exposition « Gabrielle Chanel. Manifeste de mode », du 1er octobre 2020 au 14 mars 2021
Mis à jour le 19 septembre 2026