Dossier · Sciences
Marie Curie : deux Nobel, et la méthode qui les explique
Marie Curie, née Maria Skłodowska à Varsovie en 1867, est une physicienne et chimiste française d’origine polonaise. Elle nomme la radioactivité, découvre avec Pierre Curie le polonium et le radium en 1898, isole le radium et reçoit deux prix Nobel : physique en 1903, avec Pierre Curie et Henri Becquerel, chimie en 1911, seule. Elle meurt le 4 juillet 1934.
Cette histoire est aussi une leçon de cinq minutes dans Pépite. Essayer les premières cartes
En quelques dates
- 7 nov. 1867Naissance à VarsovieCinquième enfant d’une famille d’enseignants, dans une Pologne sous domination russe.
- 1898Le polonium, puis le radiumAnnoncés le 18 juillet et le 26 décembre, le second avec Gustave Bémont.
- 10 déc. 1903Prix Nobel de physiqueUne moitié pour Henri Becquerel, l’autre partagée entre Pierre et Marie Curie.
- 1911Prix Nobel de chimie, seulePour la découverte du radium et du polonium, et l’isolement du radium.
- 4 juil. 1934Mort à SancellemozD’une maladie du sang, après plus de trente-cinq ans au contact des rayonnements.
- 20 avril 1995Le PanthéonSes cendres et celles de Pierre y sont transférées.
Ce qu’on sait d’elle
Maria Skłodowska naît à Varsovie le 7 novembre 1867, cinquième enfant d’une famille d’enseignants, dans une Pologne sous domination russe. Les universités de la ville n’acceptent pas les femmes : pour étudier, il faut partir. Avec sa sœur aînée Bronia, elle passe un pacte : l’une travaille pendant que l’autre étudie, puis on inverse. Elle sera préceptrice plusieurs années avant que vienne son tour.
Quand arrive-t-elle à Paris ? Les sources ne s’accordent pas, et autant le dire : le Musée Curie la fait s’inscrire à la Sorbonne en octobre 1891, mais dans une note de son propre livre, elle écrit être venue « en l’année 1892 ». La suite est datée : licence de sciences physiques en 1893, de mathématiques en 1894, et cette année-là une rencontre, Pierre Curie. Mariage le 26 juillet 1895.
La méthode : mesurer ce que personne ne regarde
Tout part d’une découverte dont personne ne fait rien. En 1896, Henri Becquerel remarque que l’uranium émet des rayons invisibles. On note, et on passe. Marie Curie en fait son sujet de thèse et pose la question que les autres n’avaient pas posée : combien ? Avec l’électromètre Curie et son quartz piézoélectrique, mis au point par Pierre et son frère Jacques, elle mesure minerai après minerai, et la pechblende rayonne beaucoup trop pour l’uranium qu’elle contient.
Ce qui suit est le cœur de son travail, et elle l’a écrit noir sur blanc : « La méthode que nous avons employée est une nouvelle méthode de recherche chimique basée sur la radioactivité. » On sépare, on mesure ce qu’on a séparé, on garde la fraction la plus active, on recommence. Au bout du fil, deux éléments : le polonium, annoncé le 18 juillet 1898, et le radium le 26 décembre.
Restait à les sortir du minerai. Des tonnes de résidus arrivent de la mine de Saint-Joachimsthal, en Bohême, dans un hangar de l’École de physique et chimie, rue Lhomond. Ils y travaillent « presque sans aide pendant deux ans » ; elle traite « jusqu’à vingt kilogrammes de matière à la fois », et remue des heures « au moyen d’une tige de fer, la matière en ébullition dans une bassine en fonte ». Ils pensaient trouver au plus un pour cent de substance nouvelle ; la proportion réelle « n’atteignait même pas un millionième ».
Sans compte, sans carte bancaire
Essaie la leçon, là, maintenant
Les premières cartes de « Marie Curie, deux Nobel et un hangar », telles que tu les verras dans l’app.
Marie Curie · Marie Curie, deux Nobel et un hangar
C’était une baraque en planches, au sol bitumé et au toit vitré, protégeant incomplètement contre la pluie, dépourvue de tout aménagement
Marie Curie, Pierre Curie, 1924, chapitre V, « Le rêve devenu réalité »
Il pleut sur Paris, et il pleut aussi dedans. Dans cette remise de la rue Lhomond, une femme remue une bassine. C’est d’ici que sortiront deux des découvertes les plus célèbres du siècle. Pas d’assistants. Pas d’argent. Une idée.
Deux Nobel, deux disciplines
Les deux prix ne récompensent pas la même chose, et c’est pour cela qu’ils sont deux. Celui de physique, en 1903, va pour moitié à Henri Becquerel, pour sa découverte de la radioactivité spontanée, et pour l’autre moitié à Pierre et Marie Curie, pour leurs recherches communes sur les phénomènes de rayonnement découverts par Becquerel. Le radium n’y est pas nommé. Marie Curie est la première femme à recevoir un prix Nobel.
Celui de chimie, en 1911, est à elle seule, et il nomme ce que le premier avait laissé de côté : la découverte du radium et du polonium, l’isolement du radium, l’étude de ses composés. Entre les deux prix, elle a perdu Pierre, renversé rue Dauphine par un camion attelé le 19 avril 1906, et repris son cours à la Sorbonne. En 1908, elle devient la première femme professeur des universités en France.
L’année du second Nobel n’a pourtant rien d’un triomphe. En janvier 1911, elle se présente à l’Académie des sciences et n’est pas élue. En novembre, la presse révèle sa relation avec Paul Langevin et déclenche contre elle une violente campagne xénophobe. Le prix arrive en décembre.
Ce qu’elle a écrit elle-même
Elle a laissé un livre. Dans Pierre Curie, publié en 1924, elle raconte le laboratoire de l’intérieur. Le hangar d’abord, « une baraque en planches, au sol bitumé et au toit vitré, protégeant incomplètement contre la pluie, dépourvue de tout aménagement ».
Le soir, ils revenaient voir leurs flacons : « de tous côtés on apercevait leurs silhouettes faiblement lumineuses, et ces lueurs qui semblaient suspendues dans l’obscurité nous étaient une cause toujours nouvelle d’émotion et de ravissement ». Ce que cette lumière leur faisait, personne ne le savait encore.
Et puis il y a ce qu’ils ont décidé. Quand l’industrie du radium démarre, les Curie renoncent à en tirer profit : « nous n’avons pris aucun brevet et nous avons publié, sans aucune réserve, tous les résultats de nos recherches ».
Ce qu’il en reste
La guerre de 1914 arrive au moment où elle obtient enfin un vrai laboratoire, l’Institut du radium, dont le pavillon Curie est bâti entre 1912 et 1915. Elle en sort aussitôt : avec la Croix-Rouge et le Patronage national aux blessés, elle fait équiper dix-huit voitures radiologiques pour radiographier les blessés près du front. Le surnom de « petites Curie » leur viendra plus tard, de sa fille Ève, dans le livre qu’elle consacre à sa mère.
Elle meurt le 4 juillet 1934 au sanatorium de Sancellemoz, d’une maladie alors identifiée comme une anémie pernicieuse, après plus de trente-cinq ans au contact de substances radioactives. Ses cendres et celles de Pierre entrent au Panthéon le 20 avril 1995 : elle est la première femme à y être honorée pour ses propres mérites. Ce qu’elle laisse n’est pas seulement deux éléments, c’est un réflexe : devant ce que personne ne regarde, mesurer.
Questions fréquentes
- Pourquoi Marie Curie a-t-elle eu deux prix Nobel ?
- Parce qu’il s’agit de deux travaux différents. En 1903, le prix de physique récompense les recherches sur les phénomènes de rayonnement découverts par Henri Becquerel ; il est partagé, une moitié pour Becquerel, l’autre pour Pierre et Marie Curie ensemble. En 1911, le prix de chimie va à elle seule, pour la découverte du radium et du polonium, l’isolement du radium et l’étude de ses composés. Le premier porte sur un phénomène, le second sur deux éléments.
- Marie Curie a-t-elle découvert la radioactivité ?
- Non. Les rayons de l’uranium, c’est Henri Becquerel qui les observe le premier, en 1896. Ce que Marie Curie apporte, c’est le mot, radioactivité, et surtout la mesure : elle quantifie le rayonnement minerai par minerai, ce qui lui permet de repérer dans la pechblende un excès qu’aucun élément connu n’expliquait.
- Marie Curie a-t-elle gagné de l’argent avec le radium ?
- Non, et c’est un choix. Alors qu’une industrie du radium se met en place, les Curie renoncent à en tirer profit : « nous n’avons pris aucun brevet et nous avons publié, sans aucune réserve, tous les résultats de nos recherches, ainsi que les procédés de préparation du radium », écrit-elle. Le gramme de radium qu’elle reçoit aux États-Unis en 1921 a été payé par une souscription de femmes américaines.
- De quoi Marie Curie est-elle morte ?
- D’une maladie du sang. Elle meurt le 4 juillet 1934 au sanatorium de Sancellemoz, en Haute-Savoie ; le Musée Curie précise que l’affection a été « alors identifiée » comme une anémie pernicieuse. Elle avait manipulé des substances radioactives pendant plus de trente-cinq ans, à une époque où l’on n’en connaissait pas les effets à long terme.
Cette histoire est racontée en cinq minutes
Cinq minutes par leçon, en cartes, avec une question le lendemain pour que ça reste.
Sources
- Marie Curie, Pierre Curie, Payot, 1924, texte entier (Wikisource)
- Marie Curie, Pierre Curie, chapitre VI, la lutte pour les moyens de travail (Wikisource)
- Fondation Nobel, le prix Nobel de physique 1903 : motivation et parts
- Fondation Nobel, le prix Nobel de chimie 1911 : motivation
- Musée Curie, biographie de Marie Curie, par Hélène Langevin et Monique Bordry
- Musée Curie, chronologie de Pierre et Marie Curie
Mis à jour le 19 septembre 2026