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Dossier · Portugal

Les Açores : archipel volcanique et région autonome

Les Açores sont un archipel portugais de neuf îles volcaniques et de quelques îlots, en plein océan Atlantique, à 1 815 kilomètres du Portugal continental. Réparties en trois groupes sur environ 600 kilomètres, elles forment une région autonome de la République portugaise, avec son parlement et son gouvernement. Leur nom désigne aussi l’anticyclone qui fait la météo d’une partie de l’Europe.

Cette histoire est aussi une leçon de cinq minutes dans Pépite. Essayer les premières cartes

En quelques dates

  1. 1427 ?
    Une date sur la carte de Valsequa
    Sa légende donne les îles trouvées par un pilote du roi de Portugal, nom lu « Diego de Silves » par Damião Peres.
  2. 2 juillet 1439
    Alphonse V autorise le peuplement
    L’infant Henri a déjà fait lâcher des moutons sur sept îles ; le roi lui donne licence de les faire peupler.
  3. 1534
    Angra do Heroísmo devient une ville
    Élevée au rang de ville le 21 août, elle est la même année le siège de l’archevêque des Açores.
  4. 1957-1958
    L’éruption de Capelinhos
    Treize mois d’activité au large de Faial, et 2,4 km² de terre neuve pour l’île, dont il ne reste qu’un quart.
  5. 1980
    La région reçoit son statut
    La loi 39/80 du 5 août approuve le statut politico-administratif, révisé trois fois depuis, la dernière en 2009.
  6. 2004
    Le vignoble du Pico classé
    L’UNESCO inscrit 987 hectares de currais, ces enclos ceints de murs de pierre, sur la liste du patrimoine mondial.

Où sont les Açores, et combien d’îles compte l’archipel ?

Neuf îles et quelques îlots, en plein océan Atlantique, entre 36 et 41 degrés de latitude nord et 24 et 33 degrés de longitude ouest. Le dossier de candidature du géoparc des Açores donne les distances : 1 815 kilomètres du Portugal continental, 2 625 kilomètres du Canada. Les îles s’égrènent sur environ 600 kilomètres, de Santa Maria à Corvo, pour 2 324 kilomètres carrés de terre en tout.

Elles se répartissent en trois groupes, que le même dossier nomme ainsi : le groupe occidental (Flores et Corvo), le groupe central (Terceira, Graciosa, São Jorge, Pico et Faial) et le groupe oriental (São Miguel et Santa Maria). Les tailles vont de 17 kilomètres carrés pour Corvo à 745 pour São Miguel. Le point culminant, la montagne du Pico, monte à 2 351 mètres : c’est le plus haut sommet du Portugal. Les côtes des neuf îles totalisent 940 kilomètres, en falaises abruptes comme en pentes douces.

Pourquoi les Açores sont-elles volcaniques ?

Parce qu’elles sont posées sur une jonction triple. Le dossier du géoparc situe l’archipel à la rencontre des plaques lithosphériques eurasienne, nord-américaine et africaine (ou nubienne), et ajoute aussitôt que la nature et la position exactes de ces limites de plaques nourrissent un débat scientifique vif. Deux structures encadrent la jonction : la dorsale médio-atlantique, orientée nord-sud, qui sépare la plaque nord-américaine à l’ouest des plaques eurasienne et africaine à l’est, et la faille GLORIA, orientée ouest-est.

Toutes les îles sont volcaniques et océaniques : elles ont émergé par empilement de produits volcaniques sous-marins, un processus qui aurait commencé il y a environ 36 millions d’années. Le volcanisme aérien le plus ancien est daté de 8,12 millions d’années à Santa Maria ; la plus jeune des îles est Pico, formée il y a quelque 300 000 ans. Le même dossier recense 27 systèmes volcaniques principaux et plus de 1 750 volcans monogénétiques, dont 9 volcans polygénétiques et 7 zones fissurales basaltiques tenus pour actifs, mais endormis.

Ce sol n’a pas fini de bouger. Depuis la découverte et le peuplement, au milieu du XVe siècle, 26 éruptions ont été relevées dans la région des Açores : 12 terrestres et 14 sous-marines. Les deux dernières de quelque ampleur ont eu lieu sous la mer, à Capelinhos, sur Faial, en 1957-1958, puis à 8,5 kilomètres au nord-ouest de la Ponta da Serreta, près de Terceira, en 1998-2000. L’IUGS, l’union internationale des sciences géologiques, retient Capelinhos comme la première éruption sous-marine au monde suivie et documentée d’un bout à l’autre : elle a ajouté 2,4 kilomètres carrés à Faial, dont il ne reste qu’un quart, rongé par la mer.

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Les premières cartes de « Les Açores, neuf îles au milieu de l’Atlantique », telles que tu les verras dans l’app.

Une côte, un fleuve, des îles · Les Açores, neuf îles au milieu de l’Atlantique

Faial, en plein Atlantique27 septembre 1957

Douze jours que la terre tremble. Et maintenant, c’est la mer qui se met à fumer.

Tu es sur Faial, une île des Açores. À un kilomètre de la côte, sous la mer, un volcan vient de s’ouvrir : le volcan des Capelinhos. Il crache de la vapeur et des jets de cendres en forme de cyprès. Bientôt, un îlot sort de l’eau : on l’appelle Ilha Nova, l’île nouvelle. Dès que le volcan se calme, la mer le ronge, et d’autres îlots naissent puis disparaissent. Le volcan tient treize mois. Le bilan, en trois chiffres :

  • 13 moisd’éruption, jusqu’au 24 octobre 1958
  • 174 millionsde m³ de matériaux volcaniques
  • 2,4 km²de terre neuve pour Faial

L’îlot a fini par se souder à Faial, et l’île a grandi. Puis la mer a repris sa part : il ne reste aujourd’hui qu’un quart de cette terre neuve, dit l’IUGS, l’union internationale des sciences géologiques. Une île qui pousse sous les yeux de ses habitants, c’est comme ça que les autres sont nées. Mais où sont-elles, au juste ?

Qui a découvert les Açores, et quand ont-elles été peuplées ?

On ne le sait pas. Le géoparc des Açores résume l’hésitation en une phrase : on ignore si c’est Diogo de Silves, en 1427, ou Gonçalo Velho Cabral, en 1431, qui a atteint l’archipel le premier. Les deux documents les plus anciens datent tous deux de 1439, et ce sont une carte et une lettre royale.

La carte est celle du Majorquin Gabriel de Valsequa, qui porte les neuf îles et cette légende : « aquestas illes foran trobades p. Diego de Silves pelot del rey de Portogall an lay MCCCCXXVII », soit ces îles furent trouvées par Diego de Silves, pilote du roi de Portugal, l’an 1427. Le second nom se lit mal : la notice de l’Enciclopédia Virtual da Expansão Portuguesa parle d’un « Diego de ? » et attribue la lecture « Silves » au paléographe Damião Peres. La même notice ajoute qu’aucun document ni récit de l’époque ne désigne Gonçalo Velho comme découvreur : c’est Gaspar Frutuoso, à la fin du XVIe siècle, qui le fait, d’après la tradition orale de l’île.

La lettre, elle, ne laisse aucun doute. Le 2 juillet 1439, à Lisbonne, Alphonse V fait savoir que son oncle l’infant Henri a fait lâcher des moutons sur les sept îles des Açores et demande licence de les faire peupler ; le roi la lui accorde. Le texte, imprimé dans l’Archivo dos Açores en 1878 d’après la chancellerie d’Alphonse V, précise que le roi agit avec l’autorité de la reine sa mère, sa tutrice. Sept îles, pas neuf. Et des moutons avant des colons : le géoparc date le lâcher d’animaux de 1431-1432 et l’envoi de colons de 1439.

Le peuplement, lui, a pris deux siècles. Les groupes oriental et central au XVe siècle, le groupe occidental au XVIe, dit le géoparc. Flores et Corvo, repérées vers 1452 par Diogo de Teive selon la même source, attendent 1508 pour un peuplement qui tienne, et le milieu du XVIe siècle pour Corvo. Aux gens du Portugal continental s’ajoutent des Flamands, des Génois, des juifs, des Maures, des Français, des Anglais et des esclaves africains.

Pourquoi l’archipel a-t-il compté sur les routes de l’Atlantique ?

Parce qu’une île au milieu de l’océan est d’abord une escale. L’UNESCO décrit Angra do Heroísmo, sur Terceira, comme un port d’escale obligatoire pour les flottes de l’Afrique équatoriale et des routes des Indes orientales et occidentales, à l’aller comme au retour, du XVe siècle jusqu’à l’avènement des bateaux à vapeur, au XIXe.

La ville porte la marque de cette fonction. Son plan en damier, d’ordinaire réservé aux villes neuves, a été infléchi pour tenir compte des vents dominants, et l’UNESCO suppose que ce choix fut imposé par les navigateurs et leurs cartographes. Angra est élevée au rang de ville le 21 août 1534 et devient la même année le siège de l’archevêque des Açores. Les forteresses de São Sebastião et São João Baptista, quatre fois centenaires, gardent la baie. Le centre d’Angra est inscrit au patrimoine mondial en 1983, au titre des critères (iv) et (vi) ; très endommagé par le séisme de 1980, il a été réparé en conservant son réseau de rues des XVe et XVIe siècles.

Les navires de passage ont laissé des traces dans l’histoire des îles. En 1493, les navires de Christophe Colomb mouillent à Santa Maria au retour du premier voyage vers l’Amérique, note le géoparc. Corvo, tout à l’ouest, sert de point de rendez-vous aux armadas portugaises qui viennent y prendre en charge les navires de l’empire pour les escorter jusqu’en Europe. Et pendant deux siècles, les corsaires anglais, français, castillans et flamands font des îles une cible régulière : de là les fortifications.

Qu’est-ce que les Açores aujourd’hui ?

Une région autonome de la République portugaise. Le statut politico-administratif, dans la rédaction que lui donne la loi n° 2/2009 du 12 janvier, le dit à son article 1er : l’archipel constitue une région autonome dotée de la personnalité juridique de droit public, et son autonomie politique, législative, administrative, financière et patrimoniale s’exerce dans le cadre de la Constitution et du statut. L’article 2 énumère le territoire régional : les neuf îles, nommées une à une, et leurs îlots.

Il n’y a pas une capitale, il y en a trois. L’Assemblée législative siège dans la ville de Horta, sur Faial (article 25) ; la présidence et les secrétariats régionaux, qui forment les départements du gouvernement régional, ont leur siège à Angra do Heroísmo, Horta et Ponta Delgada (article 76). La région compte 19 municipalités et 156 paroisses, et l’Union européenne la classe parmi ses régions ultrapériphériques.

Fin 2025, le service régional de statistique, le SREA, estime la population à 245 328 habitants, soit 4 302 de plus qu’en 2021. Le poids des îles n’a rien de comparable : 138 557 habitants à São Miguel, 434 à Corvo. Plus d’un Açorien sur deux vit donc sur une seule île.

Deux inscriptions au patrimoine mondial et un géoparc : voilà ce que l’archipel montre de lui-même. Le paysage viticole de l’île du Pico est inscrit en 2004, sur 987 hectares et une zone tampon de 1 924 hectares, pour ses milliers de petits enclos rectangulaires, les currais, que des murs de pierre protègent du vent et des embruns. La vigne y est introduite au XVe siècle, atteint son apogée au XIXe, puis décline sous l’effet des maladies et de la perte des sols. Quant au géoparc des Açores, il porte le label de géoparc mondial de l’UNESCO depuis 2015 et recense 121 géosites répartis sur les neuf îles.

Qu’est-ce que l’anticyclone des Açores ?

Une vaste zone de hautes pressions, que Météo-France qualifie de quasi permanente, installée sur cette partie de l’Atlantique. L’air y est plus lourd, et les perturbations venues de l’océan passent à côté. Le dossier du géoparc dit la même chose vu des îles : c’est la position, l’orientation, l’extension et l’intensité de cet anticyclone qui commandent la circulation atmosphérique dans cette région du globe.

Pour un lecteur français, le détail compte. Quand l’anticyclone reste posé sur les Açores, écrit Météo-France, le temps est plutôt frais : les dépressions atlantiques circulent librement sur l’Europe. Quand il s’installe sur le nord ou l’est de l’Europe, il bloque ces dépressions, laisse entrer des vents d’est et du sud, et le temps devient chaud et sec. L’été, l’énergie solaire étant maximale vers le tropique du Cancer, la zone de hautes pressions s’étend vers le nord-est, et le temps sur la France tend à être plus sec et plus ensoleillé.

Sur les îles elles-mêmes, ce même anticyclone donne un climat très humide et très doux : pluies régulières et abondantes, vents forts, quatre saisons marquées, environ 13 °C en moyenne l’hiver et 24 °C l’été, selon le dossier du géoparc. La neige ne tombe qu’en altitude, souvent sur la montagne du Pico.

D’où vient le nom « Açores » ?

D’un oiseau, mais le dossier n’est pas clos. En portugais, un açor est un rapace, Accipiter gentilis, que le français appelle l’autour des palombes : le dictionnaire Priberam le donne ainsi, avec le latin acceptor pour origine. Les Açores seraient donc les îles aux autours. Le géoparc prévient pourtant que l’origine du nom fait l’objet de plusieurs théories, et que la plus répandue l’associe aux milhafres trouvés sur place, confondus alors avec un autre rapace, l’açor.

Un témoin du temps de l’infant Henri donne la version ancienne. Diogo Gomes de Cintra écrit en latin que, sur la première île, les équipages trouvèrent « muitos astures seu açores et multas aves », beaucoup d’autours et beaucoup d’oiseaux, et il en dit autant de São Miguel et de Terceira. L’Archivo dos Açores imprime ce texte en 1878 avec une traduction portugaise où « astures seu açores » devient « milhafres ou açores » : le traducteur a glissé la buse dans la phrase.

Or c’est bien une buse qui vit là. Le recensement de la SPEA, la société portugaise d’étude des oiseaux, nomme la sous-espèce endémique des Açores Buteo buteo rothschildi, appelée localement milhafre ou queimado, et précise qu’elle est la seule espèce de rapace diurne résidente de l’archipel. L’autour qui aurait donné son nom aux îles n’y vit pas : voilà pourquoi l’étymologie reste discutée.

Questions fréquentes

Où sont les Açores ?
En plein océan Atlantique, à 1 815 kilomètres du Portugal continental et à 2 625 kilomètres du Canada, entre 36 et 41 degrés de latitude nord, d’après le dossier de candidature du géoparc des Açores. L’archipel s’étire sur environ 600 kilomètres, de Santa Maria à Corvo.
Combien y a-t-il d’îles aux Açores ?
Neuf, plus quelques îlots. Le statut de la région les nomme une à une : Santa Maria, São Miguel, Terceira, Graciosa, São Jorge, Pico, Faial, Flores et Corvo. Elles se rangent en trois groupes : occidental (Flores, Corvo), central (Terceira, Graciosa, São Jorge, Pico, Faial) et oriental (São Miguel, Santa Maria).
Les Açores font-elles partie du Portugal ?
Oui. L’archipel est une région autonome de la République portugaise, avec son parlement et son gouvernement. L’article 1er de son statut, dans la rédaction de la loi n° 2/2009, lui reconnaît la personnalité juridique de droit public et une autonomie exercée dans le cadre de la Constitution. L’Union européenne le compte parmi ses régions ultrapériphériques.
Qu’est-ce que l’anticyclone des Açores ?
Une vaste zone de hautes pressions, presque permanente, sur cette partie de l’Atlantique. Météo-France explique que sa position fait la météo d’une partie de l’Europe : tant qu’il reste sur les Açores, les dépressions circulent et le temps est plutôt frais en France ; s’il s’installe sur le nord ou l’est de l’Europe, il les bloque et le temps devient chaud et sec.
Pourquoi les Açores s’appellent-elles ainsi ?
D’après l’explication la plus répandue, du nom portugais de l’autour, açor. Le géoparc des Açores précise que l’origine du nom fait l’objet de plusieurs théories, et que celle-là repose sur une confusion avec les milhafres, les buses, trouvées sur place. Le recensement de la SPEA note d’ailleurs que le seul rapace diurne résident de l’archipel est une buse endémique, Buteo buteo rothschildi.

Cette histoire est racontée en cinq minutes

Cinq minutes par leçon, en cartes, avec une question le lendemain pour que ça reste.

  • Les Açores, neuf îles au milieu de l’Atlantique

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Sources

Mis à jour le 1er octobre 2026