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Dossier · France

Alésia : où était le siège, et ce qu’on y a trouvé

Alésia est l’oppidum gaulois où Jules César assiégea et captura Vercingétorix en 52 av. J.-C., l’épisode qui clôt le récit de la Guerre des Gaules. Le site est identifié au mont Auxois, à Alise-Sainte-Reine en Côte-d’Or, où les fouilles ont retrouvé les deux lignes de fortification romaines. Devenue une ville gallo-romaine prospère, Alésia fut délaissée au Ve siècle.

Cette histoire est aussi une leçon de cinq minutes dans Pépite. Essayer les premières cartes

En quelques dates

  1. Été -52
    Le siège
    Vercingétorix s’enferme dans l’oppidum ; César l’entoure de deux lignes de fortifications et le prend par la faim (César, VII, 68-89).
  2. 1839
    La pierre de Martialis
    Une inscription en gaulois trouvée dans le sanctuaire d’Ucuetis porte le nom du lieu : ALISIIA (CIL XIII, 2880).
  3. 10 novembre 1855
    La querelle commence
    Delacroix, architecte de la ville de Besançon, propose Alaise, en Franche-Comté. Suivront Izernore, Novalaise, Chaux-des-Crotenay et d’autres.
  4. 1861-1865
    Les fouilles de Napoléon III
    Le mont Auxois est fouillé sur ordre de l’empereur : tracé de la double fortification, camps, armes et monnaies.
  5. 1991-1997
    Les fouilles franco-allemandes
    Michel Reddé et Siegmar von Schnurbein relèvent les lignes césariennes ; les résultats paraissent en 2001.
  6. 2008-2018
    Le sanctuaire d’Apollon Moritasgus
    Olivier de Cazanove fouille le sanctuaire de sources et dégage un bassin en bois exceptionnellement conservé.

Le site

Une colline de Côte-d’Or, sur la commune d’Alise-Sainte-Reine : le mont Auxois. Au sommet, un plateau de 97 hectares, que Michel Reddé range parmi les plus grands oppida de l’Europe tempérée. Deux rivières le bordent, l’Oze et l’Ozerain, et la plaine des Laumes s’ouvre en contrebas.

Relis César : une ville « située au sommet d’une montagne, dans une position si élevée qu’elle semblait ne pouvoir être prise que par un siège en règle », deux rivières au pied, une plaine d’environ trois mille pas devant, des collines tout autour. Le terrain répond point par point. Et avant le siège, Alésia n’est pas un camp de fortune : les fouilles y ont mis en évidence un oppidum de La Tène D2, défendu par un rempart daté de cette époque, avec des niveaux d’occupation qui remontent jusqu’à La Tène D1, et des ateliers de métallurgistes sous ce qui deviendra le forum romain.

Le siège, tel que César le raconte

Été 52 av. J.-C. Vercingétorix vient de perdre sa cavalerie en rase campagne ; il se replie sur Alésia. César arrive le lendemain, regarde la position, et décide de ne pas attaquer. Il creuse. Une première ligne face à la ville, sur onze mille pas romains (environ 16 kilomètres), avec vingt-trois forts tenus jour et nuit.

Puis une seconde, tournée vers l’extérieur, sur quatorze mille pas, une vingtaine de kilomètres, parce qu’une armée de secours est en route. Entre les deux, ses légions : assiégeantes d’un côté, assiégées de l’autre. Et des pièges enterrés aux noms de catalogue de jardinage : les ceps, les « lis », les « aiguillons ».

Les chiffres sont ceux du vainqueur : quatre-vingt mille hommes enfermés, des vivres pour trente jours au plus, une armée de secours de huit mille cavaliers et environ deux cent quarante mille fantassins. Aucun moyen de les vérifier, et un général qui écrit pour le Sénat a intérêt à grossir l’adversaire. Ce que la terre a rendu, ce sont les fossés, pas les hommes.

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Les premières cartes de « Alésia, la fin de la Gaule libre », telles que tu les verras dans l’app.

Les fondations · Alésia, la fin de la Gaule libre

Oublie la carte de France. Aucun pays ne s’appelle la Gaule : des dizaines de peuples, chacun ses chefs. César les appelle des cités. Arvernes et Éduens se disputent la première place, Rome protège les Éduens. Les faire marcher ensemble ? Personne, jamais.

Province romaineRhinArvernesGergovieÉduensamis de RomeParisiiLutèceRèmesfidèles à Rome

Où était Alésia ? un siècle de querelle

L’identification à Alise remonte à la fin du IXe siècle, et jusqu’en 1855 elle était unanimement admise. Puis, le 10 novembre 1855, Delacroix, architecte de la ville de Besançon, expose devant la Société d’Émulation du Doubs que la vraie Alésia serait Alaise, en Franche-Comté. Le débat naît cinq ans et demi avant le premier coup de pioche, et il durera un siècle. Suivront Izernore dans l’Ain en 1862, Novalaise en Savoie en 1866, puis Chaux-des-Crotenay dans le Jura, défendu à partir de la fin des années 1960 par André Berthier, correspondant de l’Institut et fouilleur de Tiddis, en Algérie.

Ce qui a fini par trancher n’est pas un argument de texte. Dès 1839, une pierre trouvée dans le sanctuaire du dieu Ucuetis porte, en gaulois, le nom du lieu : ALISIIA. Les fouilles de 1861-1865, puis celles de 1991-1997, ont livré les fossés, l’armement, les monnaies. Deux balles de fronde ramassées dans un camp portent même un nom gravé, T. Labi, pour Titus Labienus, lieutenant de César.

La querelle ne meurt pas pour autant, parce qu’elle n’est plus archéologique. Michel Reddé, qui a dirigé les fouilles franco-allemandes, le dit sans détour : « Ce n’est assurément pas, aujourd’hui, un débat pertinent pour un archéologue. » Il l’explique par un fait embarrassant : les fouilles de Napoléon III, solides dans leur démarche, n’ont été publiées qu’en 1989, par Joël Le Gall. Un siècle et quart de vide, dans lequel le soupçon s’est installé.

Ce que l’archéologie a trouvé, et ce qui manque

De 1991 à 1997, une équipe franco-allemande dirigée par Michel Reddé et Siegmar von Schnurbein reprend tout le pourtour du mont Auxois ; les résultats paraissent en 2001. Les deux lignes concentriques sont là, les trois familles de pièges décrites par César aussi (stimuli, lilia, cippi) et, dans la plaine, le fossé le plus proche de l’oppidum a par endroits été mis en eau, exactement comme l’annonce le texte.

Le terrain ne récite pas César pour autant. Là où le livre décrit partout deux fossés, les fouilles en trouvent tantôt deux, tantôt trois, tantôt un seul ; les tours sont espacées de 15 à 40 mètres selon les secteurs. Reddé juge ces écarts « assez secondaires » et rappelle que César écrit dans un moule : ses « lis » sont une figure de rhétorique et non un terme technique, et son dispositif suit une doctrine déjà écrite chez Philon de Byzance et chez Polybe.

Il reste beaucoup à faire. Les historiens restituent dix, voire douze légions devant Alésia, et sur les vingt-trois forts annoncés par César, trois seulement ont été matériellement identifiés. Reddé appelle de ses vœux un vaste programme LIDAR ; un relevé aérien de ce type a été mené sur le site en 2011.

Ce qu’Alésia est devenue

La ville n’est pas morte avec le siège. Elle devient une agglomération gallo-romaine modeste mais bien équipée : une place bordée de boutiques et de portiques, un marché couvert, un théâtre bâti à partir de l’époque flavienne, une basilique au IIe siècle, des quartiers d’artisans. Pline mentionne ses bronziers. Le monument d’Ucuetis, d’où provient la pierre de 1839, est l’édifice de la corporation des artisans métallurgistes et le sanctuaire de leurs divinités protectrices ; à la périphérie, le sanctuaire de sources d’Apollon Moritasgus a été fouillé de 2008 à 2018 par Olivier de Cazanove, qui y a dégagé un bassin en bois exceptionnellement conservé.

À l’ouest du mont Auxois, le Gaulois en tôle de cuivre qui regarde la plaine date de 1865, pas de -52 : c’est la statue commandée par Napoléon III, dessinée par Viollet-le-Duc et sculptée par Aimé Millet, et son histoire est racontée dans le dossier Vercingétorix. En contrebas, dans la plaine des Laumes, le MuséoParc Alésia fait parcourir des fortifications romaines reconstituées ; les vestiges de la ville antique se visitent trois kilomètres plus haut.

Questions fréquentes

Où se trouve Alésia exactement ?
Sur le mont Auxois, une colline qui domine la plaine des Laumes, commune d’Alise-Sainte-Reine, en Côte-d’Or. Le plateau du sommet couvre 97 hectares, l’un des plus grands oppida de l’Europe tempérée. Les vestiges de la ville gallo-romaine et le MuséoParc Alésia se visitent sur place.
Pourquoi conteste-t-on encore la localisation d’Alésia ?
Parce que le débat a quitté l’archéologie. Il est né en 1855, cinq ans et demi avant le premier coup de pioche, et il a survécu grâce à un vide : les fouilles de Napoléon III n’ont été publiées qu’en 1989. Pour les spécialistes de l’armée romaine, l’affaire est close : l’inscription ALISIIA de 1839, l’armement, les monnaies et les lignes de fossés se recoupent.
Combien de temps a duré le siège d’Alésia ?
César ne le dit pas. Il indique seulement que la ville avait des vivres pour trente jours au plus, et que tout se joue au cours de l’été 52 av. J.-C. Les durées qu’on lit ici ou là, deux mois par exemple au MuséoParc, sont des estimations modernes, pas des données antiques.
Que reste-t-il des fortifications romaines sur le terrain ?
Rien de visible : les travaux de César étaient provisoires, en terre et en bois, et ils ont disparu depuis longtemps. Ce que les fouilles retrouvent, ce sont les creux (fossés, trous de pieux, fosses de pièges) et les objets tombés dedans. Le MuséoParc en présente des fortifications reconstituées, dans la plaine des Laumes.

Cette histoire est racontée en cinq minutes

Cinq minutes par leçon, en cartes, avec une question le lendemain pour que ça reste.

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Sources

Mis à jour le 19 septembre 2026