Dossier · Portugal
Coq de Barcelos : la légende et ce qui est documenté
Le coq de Barcelos est une figurine de céramique peinte, modelée par les potiers de Barcelos, au nord du Portugal, et devenue au XXe siècle l’un des emblèmes touristiques du pays. Son nom vient d’une légende locale : un pèlerin promis à la potence est sauvé quand un coq rôti se dresse sur la table du juge et se met à chanter.
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En quelques dates
- 1090Le miracle du pendu, à ToulouseLa date que donne le Liber Sancti Jacobi, chapitre V, au miracle du pèlerin soutenu par saint Jacques. Le coq n’y donne que l’heure.
- 26 janvier 1712Une potence de pierre à BarcelinhosLe contrat passé par la municipalité, qu’Amaral Ribeiro lit dans le registre de la ville et cite en 1867.
- 1867La croix mesurée au centimètreAmaral Ribeiro décrit le monument face par face, puis refuse de rapporter l’épisode du coq rôti : rien n’est écrit à ce sujet.
- 1900Le coq règne déjà chez les potiersRocha Peixoto, dans Portugália : le coq dépasse en nombre et en variété toutes les espèces de la faune modelée. Pas un mot du pèlerin.
- 1935Genève, puis LisbonneUn coq en terre polychrome à l’exposition d’art populaire portugais du Secrétariat de propagande nationale.
- 2017Ville créative de l’UNESCOBarcelos entre au réseau au titre de l’artisanat et des arts populaires.
Que raconte la légende du coq de Barcelos ?
Un Galicien en route vers Saint-Jacques-de-Compostelle passe par Barcelos au moment où la ville cherche l’auteur d’un crime. On l’arrête, il jure son innocence, personne ne le croit, il est condamné à la potence. Conduit devant le juge qui banquette avec des amis, il montre un coq rôti posé sur la table : « Il est aussi sûr que je suis innocent qu’il est sûr que ce coq chantera quand on me pendra. » Le coq se dresse et chante, le nœud de la corde ne serre pas, le juge fait libérer le condamné. C’est le récit que publient la mairie de Barcelos et le portail Visit Portugal du tourisme portugais.
Ce récit ne porte ni date ni nom : ni celui du juge, ni celui du pèlerin. Il se termine par un monument, puisque l’homme revient des années plus tard faire dresser une croix en l’honneur de saint Jacques et de la Vierge. Aucun document d’époque ne l’atteste, et aucune des deux pages qui le publient ne cite de source. C’est une légende, et elle se lit comme telle.
Ce qui est documenté : une croix de pierre au musée de Barcelos
Une croix de pierre existe bel et bien, le Cruzeiro do Senhor do Galo. Elle se dresse au Musée archéologique de Barcelos, un musée en plein air installé dans les ruines du palais des comtes de Barcelos, au-dessus du pont sur le Cávado. La mairie de Barcelos la décrit comme un cruzeiro qui fait allusion au miracle de saint Jacques, celui dont est née la légende du coq. La fiche de Visit Portugal consacrée au musée ajoute qu’elle n’y est pas née : elle provient de Barcelinhos, la paroisse de l’autre rive.
La plus ancienne description qu’on en connaisse date de 1867. Elle est dans la Noticia descriptiva da muito nobre e antiga villa de Barcellos d’A. M. do Amaral Ribeiro, dont Pires de Lima recopie en 1965 les pages 112 à 116. Amaral Ribeiro mesure le monument au centimètre : deux degrés, un piédestal, une dalle de 1,54 mètre, une croix de 1,42 mètre. Sur la face sud-ouest, un homme pend à une corde lâche, et une figure le soutient par la plante des pieds, bourdon et gourde à la main, ce qui désigne saint Jacques. Au-dessus, sous le Christ et juste au-dessus de la tête du pendu, un coq, tourné vers la potence qu’on aperçoit à quatre-vingts et quelques pas.
La potence, elle, est datée. Amaral Ribeiro cite le contrat passé par la municipalité, du 26 janvier 1712, pour la rebâtir en pierre de taille à Barcelinhos, et note qu’une potence dressée à demeure ne se voyait, à sa connaissance, qu’à Lisbonne et à Porto. Sur le coq rôti, en revanche, il s’arrête net : rien n’étant écrit à ce sujet, écrit-il, il renonce à rapporter le fait avec les épisodes qui courent dans la bouche du peuple.
L’âge de la croix, lui, n’est pas fixé. Amaral Ribeiro la juge très ancienne, mais à partir de la facture grossière des figures, pas d’un document. Pires de Lima écrit entre parenthèses « XIVe siècle ». La mairie de Barcelos et la page de Visit Portugal sur la légende parlent d’un cruzeiro médiéval. La fiche du même Visit Portugal sur le musée le date du début du XVIIIe siècle, c’est-à-dire de l’époque de la potence. Aucune de ces pages ne dit sur quoi elle s’appuie.
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Un coq, un roi et trois enfants · Le coq de Barcelos, le rôti qui a chanté
Le juge dîne avec des amis. Sur la table, un coq rôti.
Entre un condamné, qui a demandé à voir le juge. Un Galicien, venu de l’autre côté de la frontière, au nord. Un pèlerin en route vers Compostelle, accusé d’un crime et promis à la potence. Il jure qu’il est innocent. Personne ne le croit. Alors il montre le coq du doigt :
Il est aussi sûr que je suis innocent qu’il est sûr que ce coq chantera quand on me pendra.
La légende du coq, racontée par la mairie de Barcelos, traduit par nos soins, « A lenda do Galo »
D’où vient l’histoire du pendu et du coq
Elle n’est pas née à Barcelos. Sa plus ancienne version écrite se trouve au chapitre V du Liber Sancti Jacobi, le recueil du XIIe siècle qu’on appelle aussi Codex Calixtinus, et que Pires de Lima traduit en 1965 : des Allemands partis en pèlerinage vers le tombeau de saint Jacques, en l’an mil quatre-vingt-dix de l’incarnation, s’arrêtent à Toulouse chez un hôte qui les enivre, glisse une coupe d’argent dans leur sac et les fait accuser de vol. Le fils est pendu à la place du père. Dans cette version, le coq ne fait que donner l’heure à laquelle les poursuivants s’élancent, et c’est saint Jacques qui soutient le pendu pendant les trente-six jours que dure le voyage du père.
Le miracle a ensuite voyagé et changé de ville. Luis M. Calvo Salgado, de l’université de Salamanque, le décrit comme l’un des plus connus et des plus enracinés dans la culture populaire de toute l’Europe à la fin du Moyen Âge et à la Renaissance, et il range Barcelos au Portugal et Santo Domingo de la Calzada en Rioja parmi les lieux auxquels il a été adapté, sans que ce soit un hasard. À Santo Domingo, les pèlerins venaient voir un coq et une poule vivants gardés dans la cathédrale : Calvo Salgado cite les récits de Nompar de Caumont en 1417, de Sebastian Ilsung en 1446, du moine allemand Hermann Künig en 1495.
À Barcelos même, les versions recueillies ne s’accordent pas. Pires de Lima en rassemble plusieurs en 1965. Chez A. Gomes Pereira, tout part d’un aubergiste furieux que ses clients aient apporté leurs propres saucissons et poulets : c’est un poulet froid, tiré du sac du condamné, qui se met à chanter, et l’aubergiste est pendu à sa place. Chez Teotónio da Fonseca, c’est un coq rôti sur la table du juge. Aucune de ces versions ne donne de date.
Comment le coq en céramique est devenu un emblème du Portugal
Le coq de terre est attesté avant qu’on le relie à la légende. En 1900, l’ethnographe Rocha Peixoto publie dans la revue Portugália son enquête sur les poteries de Prado, la région de Barcelos. Il y écrit que le coq dépasse en nombre et en variété toutes les espèces de la faune modelée par les potiers, et qu’il est la mieux traitée. Il explique cette place par ce que le peuple raconte du coq, dans ses contes, ses superstitions et ses chansons. Du pèlerin de Barcelos, il ne dit rien.
João Macedo Correia le relève en 1965, dans un cahier du musée régional de céramique de Barcelos : si Rocha Peixoto ne parle pas de la légende du Senhor do Galo, c’est sans doute qu’il ne voyait aucun rapport entre le coq déplumé de l’histoire et celui des potiers, empanaché et richement coloré. Macedo Correia va plus loin : relier la légende à cette fabrication est selon lui une erreur, car la légende n’était même pas connue de leurs modeleurs. Il ajoute n’avoir trouvé aucune mention ancienne des grands coqs montés au tour, qu’il tient pour récents, et attribue à un certain Gonçalves Torres les premières retouches qui ont donné au coq son élégance.
Le passage de la figurine régionale à l’emblème national, lui, est daté. L’historien Miguel Metelo de Seixas écrit que la légende est restée dans une relative obscurité jusqu’au XIXe siècle, quand les potiers de Barcelos se sont mis à la représenter en figures de terre colorée, et que c’est l’État nouveau salazariste qui les a diffusées. Un coq de Barcelos en terre polychrome est exposé à Genève en 1935, dans l’exposition d’art populaire portugais montée par le Secrétariat de propagande nationale, dirigé depuis sa fondation en 1933 par António Ferro ; l’exposition est reprise à Lisbonne l’année suivante, avec un grand succès.
Ferro cherchait à retrouver ou à réinventer les traditions populaires portugaises, écrit Metelo de Seixas, et le coq y répondait bien : un produit simple, accordé au goût décoratif du Minho, avec des racines qu’on pouvait dire à la fois archaïques et religieuses. Il devient l’emblème de l’émigration portugaise dans le monde, puis un objet fétiche reproduit en grandes quantités et vendu en souvenir, donc fabriqué industriellement. La mairie de Barcelos situe à partir des décennies 1950 et 1960 son passage au rang de symbole du tourisme national.
Les deux lectures ne se recouvrent pas. Metelo de Seixas fait naître les figurines de la légende au XIXe siècle ; Macedo Correia soutenait en 1965 que les potiers ne la connaissaient pas. La mairie de Barcelos écrit que l’icône vient de la légende, à ce que l’histoire indique. Aucune de ces trois pages ne produit la pièce qui trancherait.
Le coq de Barcelos aujourd’hui
Barcelos est entrée en 2017 dans le Réseau des villes créatives de l’UNESCO, au titre de l’artisanat et des arts populaires. L’UNESCO la présente comme le berceau du coq de Barcelos, emblème portugais et symbole de bonne foi et de justice, relève qu’environ 8 % de la population active du concelho travaille dans le secteur créatif, et que son salon biennal d’artisanat et de céramique a dépassé les 100 000 visiteurs.
La figurine, elle, s’est détachée du Minho. Visit Portugal rappelle que son image a servi pendant des années de symbole au tourisme portugais. La mairie de Barcelos écrit qu’à partir des années 1980 le coq se détache du contexte ethno-politique qui en avait fait un symbole touristique et se réinvente comme l’image d’un pays qui offre au monde sa « liberté ».
Questions fréquentes
- Que symbolise le coq de Barcelos ?
- L’UNESCO, qui a inscrit Barcelos à son Réseau des villes créatives en 2017, le présente comme un emblème portugais et un symbole de bonne foi et de justice. Ce sens lui vient de la légende du pèlerin innocenté. Au XXe siècle, il a surtout servi de symbole au tourisme portugais et d’emblème à l’émigration, comme le décrit l’historien Miguel Metelo de Seixas.
- Quelle est la légende du coq de Barcelos ?
- Un pèlerin galicien en route vers Compostelle est accusé d’un crime à Barcelos et condamné à la potence. Devant le juge qui banquette, il montre un coq rôti et affirme qu’il chantera quand on le pendra. Le coq chante, le nœud de la corde ne serre pas, le pèlerin est libéré ; des années plus tard, il revient faire dresser une croix. C’est le récit que publient la mairie de Barcelos et Visit Portugal. Il ne porte ni date ni nom, et aucun document d’époque ne l’atteste.
- Où voir la croix du coq de Barcelos ?
- Au Musée archéologique de Barcelos, un musée en plein air installé dans les ruines du palais des comtes de Barcelos, au-dessus du pont sur le Cávado. Le Cruzeiro do Senhor do Galo y est exposé. Il ne s’y est pas toujours trouvé : il vient de Barcelinhos, la paroisse de l’autre rive, où il se dressait face à la potence, à quatre-vingts et quelques pas d’elle.
- De quand date le coq de Barcelos ?
- Les deux objets n’ont pas le même âge, et seul le second est daté. La croix est dite du XIVe siècle par Pires de Lima, médiévale par la mairie de Barcelos et par la page de Visit Portugal sur la légende, et du début du XVIIIe siècle par la fiche du même Visit Portugal sur le musée ; aucune de ces pages ne donne sa source. La figurine en céramique, elle, est déjà la figure la plus modelée des potiers de la région en 1900, chez Rocha Peixoto, et devient un emblème national après l’exposition de Genève, en 1935.
- La légende du coq de Barcelos est-elle vraie ?
- Rien ne permet de le dire, et l’histoire circulait bien avant d’arriver à Barcelos. Sa plus ancienne version écrite, au Liber Sancti Jacobi du XIIe siècle, place le miracle à Toulouse en 1090 ; Luis M. Calvo Salgado compte Barcelos et Santo Domingo de la Calzada parmi les villes qui se le sont approprié. En 1867, Amaral Ribeiro, qui décrit la croix de Barcelos au centimètre, refuse de rapporter l’épisode du coq rôti faute de texte écrit.
Cette histoire est racontée en cinq minutes
Cinq minutes par leçon, en cartes, avec une question le lendemain pour que ça reste.
- Le coq de Barcelos, le rôti qui a chanté
À lire aussi
Sources
- A. M. do Amaral Ribeiro, Noticia descriptiva da muito nobre e antiga villa de Barcellos, 1867, p. 112-116, cité intégralement par Pires de Lima (Biblioteca Digital do Cávado)
- Rocha Peixoto, As olarias de Prado, Portugália, t. I, fasc. 2, Porto, 1900, p. 227-270, 2e éd. Barcelos, Museu Regional de Cerâmica, 1966, p. 39 (Biblioteca Digital do Cávado)
- João Macedo Correia, As louças de Barcelos, Museu Regional de Cerâmica, Cadernos de Etnografia 4, 1965, p. 24 (Biblioteca Digital do Cávado)
- Fernando de Castro Pires de Lima, A lenda do Senhor do Galo de Barcelos e o milagre do enforcado, 1965 (Biblioteca Digital do Cávado)
- Luis M. Calvo Salgado, El milagro del gallo y la gallina en la literatura popular europea del siglo XVI, dans Literatura y milagro en Santo Domingo, 2002, p. 13-28 (Dialnet)
- Miguel Metelo de Seixas, Galo de Barcelos : de lenda a ícone do turismo, Fundação Francisco Manuel dos Santos, 2 décembre 2024
- Município de Barcelos, A lenda do Galo
- Município de Barcelos, Galo de Barcelos
- Município de Barcelos, Cruzeiro do Galo
- Visit Portugal (Turismo de Portugal), Paço dos Duques - Museu Arqueológico de Barcelos, lue sur la Wayback Machine (copies du 17 janvier 2026 et du 12 novembre 2025)
- Visit Portugal (Turismo de Portugal), Lenda do galo de Barcelos, lue sur la Wayback Machine (copie du 16 avril 2026)
- UNESCO, Creative Cities Network, Barcelos
Mis à jour le 1er octobre 2026