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Dossier · France

Charlemagne : ce qu’on sait, et qui nous l’a raconté

Charlemagne (vers 748-814) est roi des Francs à partir de 768, puis empereur d’Occident : le 25 décembre 800, le pape Léon III le couronne à Rome. Il règne depuis Aix-la-Chapelle sur un empire qui couvre la France, l’Allemagne et l’Italie du Nord actuelles. Presque tout ce qu’on en sait vient d’un seul livre, la Vie de Charlemagne d’Éginhard, écrite après sa mort par un familier de sa cour.

Cette histoire est aussi une leçon de cinq minutes dans Pépite. Essayer les premières cartes

En quelques dates

  1. 768
    Charles devient roi des Francs
    Le royaume est d’abord partagé avec son frère Carloman, qui meurt en 771 et lui laisse le tout.
  2. 774
    Roi des Lombards
    Il passe les Alpes, use le roi Didier par un long siège et ajoute la couronne d’Italie à la sienne.
  3. 23 mars 789
    L’Admonitio generalis
    Quatre-vingt-deux articles, dont l’ordre d’ouvrir des écoles où les enfants apprennent à lire.
  4. 25 décembre 800
    Couronné empereur à Rome
    Léon III le couronne à Saint-Pierre. Éginhard assure qu’il ne s’y attendait pas ; on le croit mal.
  5. 28 janvier 814
    Mort à Aix-la-Chapelle
    Il y est enterré. Son fils Louis le Pieux lui succède, et l’empire tient encore une génération.
  6. 843
    Le traité de Verdun
    Ses trois petits-fils se partagent l’empire : l’ouest, l’est, et une bande au milieu.

Ce qu’on sait

Il hérite d’un royaume que son père Pépin avait pris aux Mérovingiens en 751, et il le garde quarante-cinq ans. Roi des Francs en 768 (d’abord avec son frère Carloman, mort trois ans plus tard), roi des Lombards en 774 après avoir passé les Alpes, il lance en 778 une expédition en Espagne qui tourne court : au retour, son arrière-garde est massacrée à Roncevaux. Contre les Saxons, ce sera trente-trois ans de guerre, dit Éginhard. À la fin, son autorité court de l’Èbre à l’Elbe.

Sa capitale n’est pas une ville d’héritage. C’est Aix-la-Chapelle, choisie pour ses eaux chaudes, où il fait bâtir un palais et une chapelle, où il meurt le 28 janvier 814 et où il est enterré. Vingt-neuf ans plus tard, en 843, ses trois petits-fils se partagent l’empire au traité de Verdun : une part à l’ouest, une part à l’est, une longue bande au milieu. Les deux premières deviendront la France et l’Allemagne.

Noël 800 : la surprise de l’empereur

Le 25 décembre 800, à Saint-Pierre de Rome, le pape Léon III pose une couronne sur la tête de Charles et le fait empereur. En Occident, le titre n’avait plus de titulaire, et ce jour-là l’Empire d’Occident renaît. Éginhard jure que son héros n’en voulait pas : s’il avait su ce que le pape préparait, écrit-il, il ne serait pas entré dans l’église ce jour-là, tout jour de grande fête que ce fût.

Les historiens n’y croient qu’à moitié. Léon Levillain, qui a repris le dossier en 1932, tient que Charles avait accepté le titre avant la cérémonie : l’assemblée du 23 décembre 800 le lui avait offert, et il avait dit oui. Ce qui l’a surpris et fâché, écrit Levillain, c’est un incident survenu pendant la cérémonie elle-même. Un détail de protocole ; c’est pourtant de ce genre de détail que vivra, pendant des siècles, la rivalité des papes et des empereurs.

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Les premières cartes de « Charlemagne, l’empereur qui apprenait à écrire », telles que tu les verras dans l’app.

Les fondations · Charlemagne, l’empereur qui apprenait à écrire

Un roi qui arrive en voiture à bœufs, un bouvier devant. C’est Childéric, le dernier Mérovingien : il ne lui reste que le titre et la chevelure. En 751, on le tond. Le vrai patron, c’est le maire du palais, Pépin.

0 ans
de règne, si on croit Éginhard (§ 15)
Compte toi-même : d’octobre 768 à janvier 814, ça fait 45 ans et 4 mois. Éginhard a compté la première année et la dernière (Sot, 2015).

Ce qu’on croit à tort : l’école

Une chanson de 1964, Sacré Charlemagne, a fixé l’idée pour trois générations d’écoliers : paroles de Robert Gall, musique de Georges Liferman, France Gall qui chante, et un refrain qui en veut à l’empereur d’avoir inventé l’école.

Le fond est réel. Le 23 mars 789, un capitulaire de quatre-vingt-deux articles, l’Admonitio generalis, ordonne aux évêchés et aux monastères d’ouvrir des écoles : « nous voulons que des écoles soient fondées où les enfants puissent [apprendre à] lire », traduit la BnF, qui garde les crochets pour ce que le latin ne dit pas tout à fait. Le texte demande d’y accueillir les fils de serfs comme les fils d’hommes libres, et de corriger soigneusement les livres qu’on y copie.

Sauf qu’ordonner n’est pas inventer. Les églises et les monastères enseignaient déjà avant lui ; Charlemagne relance des écoles négligées et leur impose un programme. Rien là-dedans ne ressemble à l’école que les lois Ferry rendront gratuite en 1881 et obligatoire l’année suivante. Ce qu’il crée vraiment, c’est une politique du livre, et une écriture, la minuscule caroline, si lisible que les typographes de la Renaissance l’ont recopiée et que nos minuscules en descendent.

Français ou allemand ?

La question revient à chaque rentrée, et elle est mal posée : aucun des deux pays n’existe encore. Charles est franc. Sa langue maternelle est germanique, au point qu’il rebaptise les mois de l’année avec des mots francs ; le latin, il l’a appris. Son grand-père, Charles Martel, avait arrêté une armée arabe près de Poitiers en 732. Sa capitale, Aix, est aujourd’hui en Allemagne ; son empire, à cheval sur les deux.

C’est le partage de 843 qui fabrique la question. Les deux royaumes qui sortent du traité de Verdun liront plus tard, chacun de son côté, leur acte de naissance dans le même empereur. Au XXe siècle, la dispute devient sinistre : le régime hitlérien met la main sur l’histoire médiévale, et l’image de Charlemagne y devient un enjeu. Alain Brose, qui a repris le dossier, prévient qu’on a surestimé le poids des milieux völkisch dans cette affaire : beaucoup de bruit, peu d’influence réelle.

Après la guerre, on le recycle dans l’autre sens. Aix-la-Chapelle crée en 1950 un prix Charlemagne, décerné à ceux qui font avancer l’unité européenne ; Mitterrand et Kohl le recevront ensemble en 1988. La réponse honnête tient en un mot, et ce n’est ni français ni allemand : franc.

Ce que disent les sources

Tout tient dans un petit livre. Éginhard, élevé à l’abbaye de Fulda, arrive au palais vers 791 et y sert Charlemagne, puis son fils Louis le Pieux ; c’est sous ce second règne, l’empereur mort depuis longtemps, qu’il écrit la Vie de Charlemagne. Michel Sot, qui l’a retraduit, résume la situation sans détour : l’essentiel de ce qu’on sait et enseigne sur le roi des Francs vient de ces « cinquante petites pages ».

Or Éginhard écrit avec un modèle sous les yeux : Suétone, et ses Vies des douze Césars. Même plan, mêmes rubriques, mêmes présages avant la mort, au point que son éditeur Louis Halphen a pu appeler le résultat la treizième Vie des Césars. Il faut donc lire ce livre pour ce qu’il est : le portrait d’un homme par quelqu’un qui l’admirait et qui savait quel genre de portrait on attend d’un empereur.

Ce qui ne veut pas dire qu’il ment. Les capitulaires, les diplômes, les annales et les lettres permettent de vérifier une bonne part de ce qu’il raconte. Mais chaque fois qu’on croit tenir un détail intime (le dégoût des médecins, les bains à Aix, les tablettes glissées sous les coussins du lit pour s’exercer la nuit à tracer des lettres), il n’y a qu’un seul témoin, et il est du côté de son héros.

Questions fréquentes

Charlemagne a-t-il inventé l’école ?
Non. Les écoles des évêchés et des monastères existaient bien avant lui. Son capitulaire de 789 leur ordonne de se remettre à enseigner la lecture et d’accueillir les enfants de toutes conditions : c’est une relance, pas une invention. Et rien n’y ressemble à l’école gratuite et obligatoire, qui est une affaire des lois Ferry, en 1881 et 1882.
Charlemagne était-il français ou allemand ?
Ni l’un ni l’autre : les deux pays n’existent pas encore. Il est franc, parle une langue germanique, règne depuis Aix-la-Chapelle. En 843, ses petits-fils partagent l’empire, et c’est de ce partage que naissent la France et l’Allemagne, ce qui explique que les deux l’aient revendiqué, parfois pour le pire.
Charlemagne savait-il lire et écrire ?
Il lisait et parlait le latin. Pour l’écriture, son biographe est embarrassé : Charles gardait des tablettes sous les coussins de son lit pour s’exercer la nuit, mais il s’y était pris trop tard, et le résultat, dit Éginhard, fut médiocre. Venant d’un homme qui l’admirait, l’aveu vaut son pesant.
Pourquoi l’appelle-t-on Charlemagne et pas Charles ?
Parce que « Charles le Grand », Carolus Magnus en latin, a fini par se souder en un seul mot. Le surnom est déjà dans le titre du livre d’Éginhard, la Vita Karoli Magni ; vers 1100, l’ancien français a soudé les deux morceaux, et on lit Carlemagne, Karlemagne, Charlemagne. L’épithète est devenue un prénom.

Cette histoire est racontée en cinq minutes

Cinq minutes par leçon, en cartes, avec une question le lendemain pour que ça reste.

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Sources

Mis à jour le 19 septembre 2026