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Dossier · France

Hugues Capet : un roi élu, une dynastie de huit siècles

Hugues Capet (vers 941-996), duc des Francs, est élu roi en 987 par les grands du royaume réunis à Senlis, après la mort sans enfant de Louis V, dernier Carolingien. Il tient de son père la Neustrie, où des principautés se sont taillées, et le duché de France. En faisant sacrer son fils Robert de son vivant, il fonde la dynastie capétienne, qui régnera sur la France jusqu’en 1792.

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En quelques dates

  1. 22 mai 987
    Louis V meurt sans héritier
    Il chassait à pied à Senlis. Il tombe, se blesse au foie, et s’éteint un an après son père Lothaire.
  2. 1er juin 987
    Hugues élu à Senlis
    Les grands écartent Charles de Basse-Lorraine et choisissent le duc des Francs.
  3. 3 juillet 987
    Sacre à Noyon
    Larousse retient le 3 juillet ; Richer écrit aux calendes de juin, le 1er juin. La date reste discutée.
  4. Noël 987
    Robert couronné à Orléans
    Le fils est sacré du vivant du père, dans la basilique Sainte-Croix. L’hérédité s’installe sans se dire.
  5. 991
    Charles de Basse-Lorraine pris
    L’évêque de Laon le fait arrêter par traîtrise et le livre à Hugues avec la ville.
  6. Octobre 996
    Mort d’Hugues Capet
    Robert, couronné depuis neuf ans, succède sans élection. Richer expédie la nouvelle en une ligne.

Ce qu’on sait

Louis V chasse à pied, à Senlis. Il tombe, se blesse au foie, et le sang lui sort par le nez et par la bouche. Il meurt le 22 mai 987, un an après son père Lothaire, sans enfant. C’est Richer, moine de Reims, qui raconte la scène. Avec lui s’arrête la suite des rois carolingiens. Les grands du royaume se réunissent à Senlis pour lui trouver un successeur, et ils écartent le seul Carolingien disponible : Charles, l’oncle du mort, que l’empereur Otton Ier avait fait duc de Basse-Lorraine.

Celui qu’ils élisent est le duc des Francs, Hugues : la quarantaine, fils d’Hugues le Grand, qui lui a laissé la Neustrie entre Loire et Seine et le duché de France entre Seine et Somme. Il est aussi abbé laïque de Saint-Martin de Tours. Élu à Senlis en 987, sacré à Noyon la même année, il règne neuf ans, jusqu’à sa mort en octobre 996. Neuf ans, pas une conquête : sur le papier, un règne sans relief.

Un roi élu, pas un roi héritier

La phrase la plus célèbre de l’affaire n’est peut-être de personne. Richer, qui écrit après coup, met dans la bouche de l’archevêque de Reims, Adalbéron, un discours à l’assemblée de Senlis. Les partisans de Charles prétendent que le trône lui revient par droit de naissance ; mais « le trône ne s’acquiert pas par droit d’hérédité, et on ne doit y élever que celui que distinguent non-seulement les avantages de la naissance, mais encore la sagesse de l’esprit ». C’est la traduction française de l’édition de 1855. Le discours est une reconstitution, pas une sténographie.

L’argument n’a rien de désintéressé, et il ne décrit pas le droit du temps. Pour les contemporains, seuls les rois sortis de la famille carolingienne sont légitimes, et cette élection-là leur paraît irrégulière. Adalbéron, pour écarter Charles, lui reproche son absence, sa vie dissolue et sa pauvreté ; d’autres ne lui pardonnent pas de s’être fait l’homme des ennemis de la France. Hugues est élu, écrit Richer, d’un consentement général. Voilà l’ironie de l’affaire : ce roi qu’on a voté va passer son règne à faire en sorte qu’on ne vote plus.

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Les fondations · Hugues Capet, le roi qu’on n’a pas remarqué

Une cour où le roi n’est pas le plus important. 986 : les derniers Carolingiens règnent sur la Gaule de l’Ouest. À côté, un duc, Hugues, plus lourd que le roi. Lothaire meurt ; les seigneurs reconnaissent son fils Louis. Un roi, ça se reconnaît.

0 an
de règne pour Louis V
« Un an après son père », il meurt sans enfant. Le dernier roi carolingien n’a même pas eu le temps d’exister (Richer, IV, 5).

Un royaume plus petit que son titre

Compte les peuples que le titre lui donne au sacre : Gaulois, Bretons, Normands, Aquitains, Goths, Espagnols, Gascons. Sept. La réalité tient à beaucoup moins. Il envoie ses messagers depuis Orléans, il y fait couronner son fils, il va délibérer à Senlis avec les siens, il ajoute Senlis au domaine royal et tient Dreux un moment. Et dans ses propres terres de Neustrie, son autorité est déjà entamée par des principautés plus petites : les comtés d’Anjou, de Chartres, de Blois.

Laon, la vieille ville royale, lui résiste. Il l’assiège à l’automne 988, repart parce que les jours sont trop courts, revient au printemps 989 avec huit mille hommes et un bélier que l’escarpement de la montagne rend inutile. Il n’aura la place qu’en 991, quand l’évêque de Laon fait arrêter Charles par traîtrise et le livre avec la ville. On aime raconter ici la réplique du comte de Périgueux : le roi lui demande qui l’a fait comte, et Aldebert répond « Qui vous a fait roi ? » Richer n’en dit pas un mot. La scène vient d’Adémar de Chabannes, et l’édition de Richer ne la cite qu’en note : une bonne histoire, pas un procès-verbal.

Le coup qui fonde huit siècles

Son vrai geste politique tient en une cérémonie. À peine sacré, Hugues veut faire couronner son fils Robert de son vivant. Adalbéron objecte : on ne peut pas « raisonnablement faire deux rois la même année ». Hugues lui met alors sous les yeux une lettre de Borel, duc de l’Espagne Citérieure, qui réclame des secours contre les barbares. Si l’un des deux rois tombe à la guerre, plaide-t-il, l’armée doit pouvoir compter sur un chef. L’archevêque cède. À Noël 987, Robert est couronné dans la basilique Sainte-Croix, à Orléans.

Personne, ce jour-là, ne voit ce qui vient de se produire. En faisant sacrer son fils de son vivant, dès 987, Hugues a fondé l’hérédité dynastique : à sa mort, neuf ans plus tard, il n’y a plus rien à élire, Robert est déjà roi. La maison commencée à Senlis régnera par sa branche directe jusqu’en 1328, puis par les Valois et les Bourbons, jusqu’en 1792. Quand la Convention juge Louis XVI, elle l’appelle par dérision Louis Capet, en référence au fondateur de la dynastie.

Ce que disent les sources

Presque tout ce récit vient d’un seul homme. Richer, moine de Saint-Remi de Reims et élève de Gerbert d’Aurillac, celui que Michel Parisse appelle le pape de l’an Mil, écrit ses Histoires sous le pontificat de son maître, entre 992 et 995, parce que celui-ci le lui a demandé. Son cahier autographe, écrit en entier et retouché de sa main, a dormi plus de huit cents ans dans une bibliothèque de Bamberg, en Bavière, avant que Pertz ne l’en sorte en août 1833.

Richer écrit à l’antique, en lecteur de Salluste : les discours qu’il prête à Adalbéron sont des reconstitutions, pas des sténographies. Et il n’est pas neutre. Son père avait servi les derniers Carolingiens ; son maître Gerbert était le précepteur de Robert, le fils d’Hugues. Il choisit ce qu’il raconte : à son propre voyage de Reims à Chartres, entrepris quatorze jours environ avant la capture de Charles, il consacre un chapitre entier. À la mort d’Hugues, il donnera une ligne.

D’où un désaccord que les historiens n’ont pas fini de trancher : la date du sacre. Richer et Gerbert le placent aux calendes de juin, le 1er juin 987 ; des sources parisiennes et sénonaises disent le 3 juillet. Le lieu bouge aussi : Richer couronne Hugues à Noyon, quand son éditeur note que tous les autres chroniqueurs mettent l’élection à Noyon et le sacre à Reims. Devant deux séries d’arguments de valeur sensiblement égale, Jean-François Lemarignier proposait en 1966 d’en revenir à l’opinion de Julien Havet : il y aurait eu deux sacres.

Reste la réputation. « Hugues Capet est un roi mal aimé ; il le fut dès le lendemain de sa mort », écrit Michel Parisse en 1987, l’année du millénaire. L’image qu’il décrit est d’un seul tenant : un roi usurpateur, régnant par la ruse et vainqueur grâce à la trahison. Il l’a relevée dans les manuels scolaires de la première moitié du XXe siècle, en France comme en Angleterre, en Belgique, en Allemagne et en Italie. Le millénaire aura surtout servi à rouvrir le dossier, parce que ce règne de neuf ans sans éclat est le moment où la couronne de France cesse d’être élective, et personne, sur le coup, ne s’en est aperçu.

Questions fréquentes

Pourquoi Hugues Capet s’appelle-t-il Capet ?
Les annales de l’abbaye Saint-Médard de Soissons mentionnent son élection en le disant « surnommé Chapez ». On a voulu lire dans ce surnom le latin caput, la tête. L’explication la plus probable est ailleurs : Hugues était abbé laïque de Saint-Martin de Tours, et il portait à ce titre la chape, le long manteau de saint Martin. C’est de là que vient l’adjectif « capétien ».
Hugues Capet est-il le premier roi de France ?
Il est le premier Capétien, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. Au sacre, Richer le proclame roi des Gaulois, des Bretons, des Normands, des Aquitains, des Goths, des Espagnols et des Gascons : une liste de peuples, pas un pays. On le présente souvent comme le premier roi de France parce que la dynastie qu’il fonde ne s’interrompra plus avant la Révolution.
Hugues Capet a-t-il été sacré à Reims ou à Noyon ?
Les textes ne s’accordent pas. Richer, qui écrit à Reims dans les années qui suivent, le couronne à Noyon, aux calendes de juin. Son éditeur note que tous les autres chroniqueurs mettent l’élection à Noyon et le sacre à Reims, et des sources parisiennes et sénonaises donnent le 3 juillet. Devant ce désaccord, Lemarignier a repris l’hypothèse de deux sacres. Larousse, lui, retient Noyon, le 3 juillet 987.
Combien de temps les Capétiens ont-ils régné sur la France ?
De 987 à 1792 pour Le Goff, et Larousse pousse le compte jusqu’en 1848. La branche directe s’éteint en 1328 ; les Valois et les Bourbons qui lui succèdent en sont des rameaux. Huit siècles sur le même arbre généalogique : ce que personne ne pouvait imaginer en élisant un duc pour neuf ans de règne.

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Sources

Mis à jour le 19 septembre 2026