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Dossier · France

Louis XIV : 72 ans de règne, et ce qu’on lui prête à tort

Louis XIV (1638-1715), roi de France et de Navarre à quatre ans et demi, gouverne lui-même à partir de 1661 et meurt le 1er septembre 1715, après soixante-douze ans de règne. Il installe la Cour à Versailles le 6 mai 1682, révoque l’édit de Nantes en 1685 et laisse le trône à son arrière-petit-fils Louis XV, âgé de cinq ans.

En quelques dates

  1. 5 septembre 1638
    Naissance de Louis-Dieudonné
    L’héritier arrive après vingt-trois ans d’attente, à Saint-Germain-en-Laye.
  2. 1643
    Roi à quatre ans et demi
    Louis XIII meurt. Anne d’Autriche prend la régence, Mazarin l’éducation politique.
  3. 9 mars 1661
    Mort de Mazarin
    Le roi a vingt-deux ans et gouverne. Ses Mémoires partent de cette année-là.
  4. 6 mai 1682
    La Cour s’installe à Versailles
    Fin des déplacements permanents. En 1685, le domaine emploie plus de 36 000 ouvriers.
  5. Octobre 1685
    Révocation de l’édit de Nantes
    Deux cent mille protestants quittent le royaume, selon le château de Versailles.
  6. 1er septembre 1715
    Mort de Louis XIV
    Soixante-douze ans de règne. Le trône passe à son arrière-petit-fils, âgé de cinq ans.

Ce qu’on sait

Il est roi avant de savoir lire. Né le 5 septembre 1638 après vingt-trois ans d’attente (d’où son surnom de Louis-Dieudonné), il perd son père en 1643 : il a quatre ans et demi. Anne d’Autriche, sa mère, assure la régence ; Mazarin, son parrain, l’initiation politique. Puis vient la Fronde, de 1648 à 1653, qui commence au Parlement et gagne la haute noblesse. L’enfant se sent humilié par les Grands, menacé dans sa capitale. Il s’en souviendra.

Mazarin meurt le 9 mars 1661. Le roi a vingt-deux ans et prend les affaires en main. Lui-même date les choses de là : le premier cahier de ses Mémoires, à la BnF, s’intitule « Années 1661 et 1666 ». Il lui reste cinquante-quatre ans à régner.

1682 : la Cour s’arrête de bouger

Jusque-là, elle se déplace sans cesse : le Louvre, les Tuileries, Saint-Germain-en-Laye, Fontainebleau, Versailles en travaux. Le 6 mai 1682, elle s’installe. Le roi a quarante-trois ans, la galerie des Glaces est en chantier depuis 1678, et en 1685 plus de trente-six mille ouvriers travaillent sur le domaine.

Versailles n’est pas un décor, c’est un dispositif. Sous l’œil du roi, les Grands ne complotent plus : ils sont aux armées ou à la Cour, occupés à plaire. L’étiquette règle les préséances. Le lever et le coucher sont publics : le roi se lève et se couche comme l’astre dont il a fait son emblème. Apollon est partout : lauriers, lyre, trépied, mêlés aux armes royales.

1685 : l’édit de Nantes révoqué

À son sacre, il a juré de défendre la foi catholique. Il tient le serment contre les jansénistes de Port-Royal, puis contre les protestants : conversions forcées, dragonnades. En octobre 1685, il supprime l’édit de tolérance accordé par Henri IV. Le château de Versailles chiffre à deux cent mille les protestants qui quittent alors le royaume : marchands, artisans, officiers, partis en Hollande, en Angleterre, en Prusse.

Ce qu’on croit à tort

« L’État, c’est moi. » Il ne l’a pas dit. Le 13 avril 1655, il tient bien un lit de justice au Parlement de Paris, et le procès-verbal a gardé ses mots : il défend aux magistrats de s’assembler sur les édits qu’il vient d’apporter. Rien de plus. La formule vient d’ailleurs. Charles Duclos l’imagine dans ses Mémoires secrets, publiés en 1791, sans la rattacher à cette séance ; c’est Pierre-Édouard Lémontey qui recolle les deux en 1818, en transformant les « quatre mots » d’un mémorialiste en « quatre syllabes ». Ce qu’on lui prête sur son lit de mort dit l’inverse : lui s’en va, l’État demeure. L’historienne Fanny Cosandey résume : les juristes « se sont ingéniés à le faire croire ».

« Versailles a ruiné la France. » Le chiffre censé le prouver change à chaque récit. Suspect, parce que la dépense, elle, a été comptée. Les Comptes des Bâtiments du roi enregistrent chaque paiement de 1664 à 1715 ; Guiffrey les a publiés en cinq volumes entre 1881 et 1901, et ils sont sur Gallica. Qui veut chiffrer le chantier ouvre ces registres, et y trouve autre chose que du marbre. La seule machine de Marly, qui montait l’eau de la Seine jusqu’aux jardins, a coûté 3,5 millions de livres et mille huit cents hommes. Chercher l’eau aura pris trente-deux ans.

« Dix mille courtisans » : le chiffre est commode, il n’est pas mesuré. Tout dépend de qui l’on compte (logés, domestiques, visiteurs d’un jour), et les estimations vont de trois mille à dix mille. Le seul comptage sérieux est celui du commissaire Pierre Narbonne, en 1722 : environ sept mille personnes logées aux frais du roi.

Ce que disent les sources

Le roi a écrit, ou plutôt fait écrire. Ses Mémoires passent pour sa voix ; la BnF, elle, leur reconnaît trois auteurs présumés : Louis XIV, Périgny, Pellisson. Le manuscrit de Pellisson porte en tête une formule qui dit tout : « Mémoires faits sous les yeux du feu roy ». Ce n’est pas un journal intime, c’est une leçon de gouvernement écrite pour un successeur.

L’autre série ne se raconte pas d’histoires. Les Comptes des Bâtiments enregistrent la maçonnerie, les fontaines, les salaires ; la BnF garde les registres originaux des premières années, les Archives nationales la longue suite des comptes au net, de 1668 à 1778. Un chantier s’y lit à la ligne près.

Reste le mot qu’on colle sur ce règne. « Absolutisme » est une notion que les historiens discutent encore. Certains la tiennent pour une construction de juristes (Bodin, Cardin Le Bret) jamais appliquée telle quelle, tant la monarchie devait composer avec les provinces et les corps. D’autres, dans la lignée de Roland Mousnier, y voient un système réel qu’il faut prendre au mot. Fanny Cosandey propose d’observer le travail de la monarchie sur elle-même.

Questions fréquentes

Louis XIV a-t-il vraiment dit « L’État, c’est moi » ?
Rien ne permet de l’affirmer. Le lit de justice du 13 avril 1655 a bien eu lieu, mais le procès-verbal du Parlement de Paris ne garde que l’interdiction faite aux magistrats de s’assembler sur les édits du roi. La formule paraît en 1791 chez Charles Duclos, qui ne la rattache à aucune séance ; c’est Pierre-Édouard Lémontey qui la colle à celle de 1655, dans un essai de 1818. Ce qu’on lui prête en mourant dit le contraire : l’État lui survivra.
Combien a coûté le château de Versailles ?
Aucun chiffre unique ne fait autorité, mais la dépense a bien été enregistrée : les Comptes des Bâtiments du roi, tenus de 1664 à 1715 et publiés par Jules Guiffrey entre 1881 et 1901, sont consultables sur Gallica. Ils rappellent que le palais n’est pas tout : la seule machine de Marly, qui montait l’eau de la Seine vers les jardins, a coûté 3,5 millions de livres, quatre ans de travaux et mille huit cents hommes.
Pourquoi appelle-t-on Louis XIV le Roi-Soleil ?
Parce qu’il a choisi le soleil pour emblème au début de son règne. Le soleil, c’est Apollon (dieu de la paix et des arts) et l’astre qui donne vie, se lève et se couche à heure fixe. Le roi fait de son lever et de son coucher des cérémonies publiques, et le décor de Versailles mêle partout les attributs d’Apollon aux emblèmes royaux.
Combien de temps Louis XIV a-t-il régné ?
Soixante-douze ans : roi en 1643 à quatre ans et demi, mort le 1er septembre 1715. Il ne gouverne vraiment qu’à partir de 1661, après la mort de Mazarin, soit cinquante-quatre ans de règne personnel. Il est inhumé à Saint-Denis et laisse le trône à son arrière-petit-fils Louis XV, âgé de cinq ans.

Retiens ce que tu viens de lire.

Cinq minutes par leçon, en cartes, avec une question le lendemain pour que ça reste.

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Sources

Mis à jour le 19 septembre 2026