Dossier · France
Napoléon : ce qu’il a fondé, ce qu’il a rétabli
Napoléon Bonaparte (1769-1821), général corse devenu Premier consul par le coup d’État des 18-19 brumaire an VIII, puis empereur des Français en 1804. Son régime dote la France d’institutions toujours debout (Banque de France, préfets, lycées, Code civil) et rétablit l’esclavage aux colonies le 20 mai 1802. Vaincu à Waterloo, il meurt à Sainte-Hélène.
En quelques dates
- 15 août 1769Naissance à AjaccioDeuxième enfant des Bonaparte, un an après le rattachement de la Corse à la France.
- 9-10 novembre 1799Le coup d’État de brumaireLes 18-19 brumaire an VIII : Bonaparte consul provisoire avec Sieyès et Roger Ducos.
- 20 mai 1802L’esclavage rétabli aux coloniesLa loi du 30 floréal an X défait l’abolition votée par la Convention en 1794.
- 21 mars 1804Le Code civil promulgué2 281 articles, quatre ans de travaux. Il devient le Code Napoléon en 1807.
- 2 décembre 1804Le sacreEmpereur des Français depuis le 18 mai. Austerlitz tombera un an jour pour jour plus tard.
- 5 mai 1821Mort à Sainte-HélènePrès de six ans après Waterloo, et cinq ans et demi après son arrivée sur l’île.
Ce qu’on sait
Il naît à Ajaccio le 15 août 1769. Brienne à neuf ans, l’École militaire de Paris ensuite, d’où il sort quarante-deuxième sur cinquante-huit. À vingt-quatre ans, après le siège de Toulon, on le fait général de brigade. À trente, il prend le pouvoir : les 9 et 10 novembre 1799, le coup d’État des 18-19 brumaire an VIII fait de lui consul provisoire.
Le reste tient en quinze ans. Empereur des Français le 18 mai 1804, sacré le 2 décembre, Austerlitz un an jour pour jour après le sacre. Puis la Russie en 1812, Leipzig en 1813, l’abdication du 6 avril 1814, l’île d’Elbe, le retour de mars 1815, Waterloo le 18 juin. Il meurt à Sainte-Hélène le 5 mai 1821.
Le régime, en six textes
Avant les batailles, les bureaux. La Banque de France est créée le 13 février 1800, les préfets institués quatre jours plus tard. Le Concordat est signé avec Rome le 15 juillet 1801, les lycées créés le 1er mai 1802, la Légion d’honneur le 19 mai. Presque tout est encore là.
Le Code civil est promulgué le 21 mars 1804, après des travaux ouverts le 12 août 1800 : 2 281 articles qui remplacent la coutume. On lui prête, à Sainte-Hélène, une phrase où sa vraie gloire n’est pas ses quarante batailles mais son Code. Elle circule partout, sans qu’aucun document de son règne ne la porte : c’est un mot de captivité, rapporté par d’autres. Le fait, lui, tient : l’essentiel du Code est toujours en vigueur.
1802 : l’esclavage rétabli
Le 16 pluviôse an II (4 février 1794), la Convention avait aboli l’esclavage dans toutes les colonies. Huit ans plus tard, la loi du 30 floréal an X, soit le 20 mai 1802, fait l’inverse. Article 1er : dans les colonies restituées à la France par le traité d’Amiens, « l’esclavage sera maintenu conformément aux lois et règlements antérieurs à 1789 ». L’article 3 rouvre la traite.
Un arrêté du 16 juillet 1802 l’étend à la Guadeloupe. Suivent l’interdiction faite aux Noirs et aux gens de couleur d’entrer en métropole, le 25 juin 1802, puis une circulaire du 8 janvier 1803 contre les mariages mixtes. À Saint-Domingue, l’insurrection éclate : l’armée française est battue à Vertières le 18 novembre 1803, et la colonie devient Haïti le 1er janvier 1804.
Ce qu’on croit à tort
Il n’était pas petit. La mesure prise après sa mort par son médecin Antommarchi, assisté du valet Marchand, donne « 5 pieds, 2 pouces, 4 lignes », soit en mesures françaises 1,686 m. Le tapissier anglais Andrew Darling, qui mesura le corps de son côté, note 1,70 m. Le « petit Boney » est une fabrication des caricaturistes britanniques : en 1803, Gillray le pose, sabre au clair, dans la main d’un George III géant.
Il n’a pas écrit le Code civil. Ceux qui l’ont fait ont des noms : Portalis, Tronchet, Bigot de Préameneu, Maleville, Cambacérès. La Révolution avait essayé plusieurs fois sans aboutir ; Bonaparte a participé aux séances de travail, arbitré, et promulgué. Le texte ne devient le Code Napoléon qu’en 1807.
Il ne baragouinait pas le français. Chez lui, à Ajaccio, on parle corse. À son arrivée au collège d’Autun, à neuf ans et demi, il lui faut quatre mois de remise à niveau, de janvier à avril 1778. À dix ans il est bilingue, « malgré un accent certain et des italianismes çà et là ». Ce qui ne le quittera pas, c’est l’orthographe : elle reste « parfois fantaisiste » toute sa vie, et il écrit « otorizé » pour autorisé.
Ce que disent les sources
On n’a jamais eu autant de papier sur un homme. De 2004 à 2018, la Fondation Napoléon a publié sa Correspondance générale : quinze volumes, 40 497 lettres venues de 223 centres d’archives, dont 58 % absentes de l’édition du Second Empire. C’est la base de ce qui s’écrit aujourd’hui.
En face, il y a le récit qu’il a composé lui-même. À Sainte-Hélène, le comte de Las Cases note ses conversations ; expulsé de l’île le 31 décembre 1816, il se fait saisir ses papiers, que les employés du Colonial Office recopient en entier avant de les lui rendre. Cette copie dormait à la British Library : Peter Hicks l’y a retrouvée en 2005. Comparée au Mémorial de Sainte-Hélène publié en 1823, elle montre un texte retravaillé. Le livre qui a fait la légende n’est pas le carnet.
Sur 1802, les historiens ne disent pas la même chose. Yves Bénot, dans La Démence coloniale sous Napoléon (1992), insiste sur le manque d’imagination créatrice de cette politique coloniale : refaire l’Ancien Régime, ni plus ni moins. Pierre Branda et Thierry Lentz, dans Napoléon, l’esclavage et les colonies (2006), y voient une décision pragmatique autant qu’inhumaine, et une gigantesque maladresse ; ils comptent l’embarras des historiens parmi les raisons qui ont laissé ce versant dans l’ombre. Mêmes textes, mêmes dates : c’est l’intention qu’ils discutent.
Questions fréquentes
- Napoléon était-il vraiment petit ?
- Non. La mesure relevée après sa mort par Antommarchi, assisté de Marchand, donne 5 pieds 2 pouces 4 lignes en mesures françaises, soit 1,686 m ; le tapissier anglais Andrew Darling, qui mesura le corps de son côté, note 1,70 m. La légende du « petit Boney » vient des caricaturistes britanniques, pas des sources françaises.
- Napoléon a-t-il rétabli l’esclavage ?
- Oui. La loi du 30 floréal an X, promulguée le 20 mai 1802, maintient l’esclavage dans les colonies rendues à la France par le traité d’Amiens et au-delà du cap de Bonne-Espérance, et rouvre la traite. Un arrêté du 16 juillet 1802 l’étend à la Guadeloupe. L’esclavage avait été aboli par la Convention le 4 février 1794.
- Napoléon a-t-il écrit le Code civil ?
- Non. La rédaction revient à Portalis, Tronchet, Bigot de Préameneu et Maleville, avec Cambacérès. Bonaparte a participé à des séances de travail et promulgué le texte le 21 mars 1804, ce qui explique qu’on l’ait rebaptisé Code Napoléon en 1807. Le mérite qu’on peut lui reconnaître est d’avoir fait aboutir ce que dix ans de Révolution n’avaient pas fini.
- Que reste-t-il des institutions de Napoléon ?
- La Banque de France (13 février 1800), les préfets (17 février 1800), les lycées (1er mai 1802), la Légion d’honneur (19 mai 1802) et l’essentiel du Code civil promulgué le 21 mars 1804. Presque tout cela date des quatre premières années du Consulat, avant l’Empire et avant les grandes batailles.
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À lire aussi
Sources
- Jean Tulard, « Vie et règne de Napoléon », chronologie tirée du Dictionnaire Napoléon (Fayard, 1987), Fondation Napoléon
- Loi relative à la traite des Noirs et au régime des colonies, 30 floréal an X (20 mai 1802), texte intégral, Fondation pour la mémoire de l’esclavage
- Marcel Dunan, « La taille de Napoléon », Revue de l’Institut Napoléon, n° 89, 1963
- Fondation Napoléon, « Quelle(s) langue(s) parlait Napoléon Bonaparte dans son enfance ? »
- Fondation pour la mémoire de l’esclavage, « L’essentiel », dossier Napoléon et le rétablissement de l’esclavage
- Assemblée nationale, « 1802-1804 : rétablissement progressif de l’esclavage »
- Fondation Napoléon, « La promulgation du Code civil des Français (21 mars 1804) »
- Fondation Napoléon, « 2002-2018 : édition de la Correspondance générale de Napoléon Bonaparte »
- Chantal Prévot, « L’histoire de la publication du Mémorial de Sainte-Hélène », entretien, Fondation Napoléon, octobre 2017
- Compte rendu de Pierre Branda et Thierry Lentz, Napoléon, l’esclavage et les colonies (Fayard, 2006), Annales historiques de la Révolution française
Mis à jour le 19 septembre 2026