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Dossier · France

La Révolution française : ce qu’on sait, ce qu’on débat

La Révolution française désigne la période qui, de 1789 à 1799, abolit en France la monarchie absolue et la société d’ordres. Elle s’ouvre avec les États généraux du 5 mai 1789, proclame la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen le 26 août 1789, abolit la royauté le 21 septembre 1792, et prend fin au coup d’État du 18 brumaire, le 9 novembre 1799.

En quelques dates

  1. 5 mai 1789
    Les États généraux
    Ils se réunissent à Versailles, dans la salle des Menus-Plaisirs. Le 9 juillet, l’Assemblée nationale se proclame Assemblée nationale constituante.
  2. 14 juillet 1789
    La Bastille
    La foule vient y chercher de la poudre et des balles. Elle y trouve sept détenus. Le gouverneur de Launay est massacré.
  3. 26 août 1789
    La Déclaration des droits
    Dix-sept articles votés par l’Assemblée. Le Conseil constitutionnel les range aujourd’hui dans le bloc de constitutionnalité.
  4. 21 septembre 1792
    La royauté abolie
    Première séance de la Convention. Dès le lendemain, les actes publics sont datés de l’an I. Louis XVI est exécuté le 21 janvier 1793.
  5. 27 juillet 1794
    Le 9 thermidor an II
    Robespierre est mis en minorité, arrêté avec ses partisans, exécuté le lendemain. La Convention thermidorienne suivra une politique plus modérée.
  6. 9 novembre 1799
    Le 18 brumaire an VIII
    Les Anciens votent le transfert des deux assemblées à Saint-Cloud. Dans la nuit du 20 brumaire, le Directoire cède à trois consuls provisoires.

Dix ans, quatre régimes

Tout part d’un problème d’argent. Les États généraux se réunissent le 5 mai 1789 à Versailles ; le 17 juin, le tiers état et dix-neuf députés du clergé se constituent en assemblée délibérante ; le 20 juin, salle fermée, ils jurent dans le Jeu de paume de ne jamais se séparer.

Suivront la Bastille, le régime féodal aboli dans la nuit du 4 août, la Déclaration des droits le 26 août, une République le 21 septembre 1792, un Directoire, et le 18 brumaire an VIII qui ouvre le Consulat.

Ce qu’on croit à tort

La Bastille n’était pas pleine de prisonniers politiques. Les assaillants y trouvent sept détenus. Ce qu’ils venaient chercher, écrit Pascal Dupuy, c’est de la poudre et des balles. Le gouverneur de la forteresse, de Launay, est massacré pendant son transfert à l’Hôtel de Ville.

Le 14 juillet porte deux anniversaires. La loi du 6 juillet 1880 en fait la fête nationale. Luce-Marie Albigès rappelle que la fête de la Fédération du 14 juillet 1790 fut invoquée lors des débats au Sénat, quand la date renvoie, dans tous les esprits, à l’événement fondateur de 1789.

« Qu’ils mangent de la brioche » n’est pas d’elle. La phrase est dans les Confessions de Rousseau, rédigées en 1765, prêtée à « une grande princesse » : Marie-Antoinette a alors dix ans et vit à Vienne. L’attribution apparaît en 1843 chez Alphonse Karr ; à son procès, personne ne la lui reproche.

La nuit du 4 août n’a pas tout aboli d’un coup. Disparaissent sans indemnité la corvée, la dîme et le droit de chasse ; les autres droits sont « déclarés rachetables et à un taux onéreux ». Il faut payer pour cesser de payer, et l’abolition irrévocable attendra le 17 juillet 1793.

Ce que disent les sources, quand on compte

Combien de morts ? La réponse dépend de ce qu’on compte, et les historiens le disent les premiers. Pour la Terreur, la base est judiciaire : Criminocorpus retient « près de 17 000 victimes » pour les seuls tribunaux révolutionnaires, sur toute la France, de mars 1793 à août 1794 ; l’Assemblée nationale compte 1 376 exécutions pour les quarante-sept jours de « Grande Terreur ». Biard et Linton, eux, cartographient les condamnations à mort « selon les chiffres de Donald Greer », l’Américain dont l’étude statistique The Incidence of the Terror during the French Revolution paraît en 1935. Aucun de ces comptes n’attrape ce qu’aucun greffe n’enregistre : morts en prison, exécutions sommaires, guerre civile.

La Vendée résiste le plus. Chez Michel Biard et Marisa Linton, le bilan est « estimé entre 170 000 et 200 000 morts ». Jean-Clément Martin, lui, a montré pourquoi le décompte cale : au May-sur-Èvre, la tradition parle de 1 900 morts quand l’état civil enregistre 555 décès en 1793-1794.

Qui pense quoi, et depuis quand

Sur les faits, les historiens s’accordent ; sur le sens, ils s’affrontent depuis deux siècles. Michel Vovelle, qui en dressait le bilan en 1988, distingue deux camps. D’un côté l’école jacobine (Aulard, Mathiez, Lefebvre, Soboul), qui propose le schéma d’une « Révolution bourgeoise à soutien populaire ».

De l’autre les révisionnistes (Alfred Cobban, François Furet, Denis Richet, George Taylor), qui contestent « l’existence ou la consistance d’une bourgeoisie véritable » et lisent les années 1791 à 1794 comme un dérapage. Furet annonce en 1978 que « la Révolution est terminée » ; Vovelle y lit le vœu qu’une certaine historiographie ait vécu. Biard et Linton ajoutent qu’il n’y eut jamais de système de la Terreur : l’expression fut forgée après coup par les Thermidoriens.

Le mot le plus disputé est « génocide ». Depuis 1985, Reynald Secher soutient que la Vendée a subi un génocide décidé par la France révolutionnaire et exécuté par les armées de Turreau. Jean-Clément Martin le refuse, et dit pourquoi : la Vendée n’existait pas comme population distincte avant 1793, le mot « brigands » visait des opposants partout, l’État secourait au même moment des milliers de réfugiés vendéens, aucune organisation d’extermination n’est attestée. Des crimes de guerre, écrit-il ; pas un génocide.

Le temps, le mètre et les cartes à jouer

La Révolution a aussi voulu changer le temps. Par décrets des 5 octobre et 24 novembre 1793, la Convention adopte un calendrier républicain dont l’an I part du 22 septembre, équinoxe d’automne et jour de la fondation de la République. Trois décades de dix jours remplacent les semaines ; chaque date porte le nom d’une plante, d’un animal ou d’un outil. Plus de saints : des choses.

Même ambition pour les mesures : le 26 mars 1791, le mètre devient la dix-millionième partie du quart du méridien terrestre, et Delambre et Méchain passeront près de sept ans à le mesurer, de Dunkerque à Barcelone. Le 17 février 1793, un brevet de cinq ans est délivré « pour l’invention de nouvelles cartes à jouer » : sur ce jeu-là, « roi, dame, valet » ont cédé la place à « des génies, des libertés et des égalités ». On tire ses cartes sans couronner personne.

Questions fréquentes

Pourquoi le 14 juillet est-il la fête nationale ?
La loi du 6 juillet 1880 fixe la fête nationale au 14 juillet, et deux anniversaires tombent ce jour-là : la prise de la Bastille de 1789 et la fête de la Fédération de 1790, journée d’unité nationale. Luce-Marie Albigès note que c’est la seconde qui fut invoquée lors des débats au Sénat, quand la date renvoie, dans tous les esprits, à l’événement fondateur de 1789.
Combien de personnes ont été guillotinées pendant la Terreur ?
Aucun chiffre ne se donne sans sa méthode. Pour les seuls tribunaux révolutionnaires et sur toute la France, de mars 1793 à août 1794, Criminocorpus retient près de 17 000 victimes. L’Assemblée nationale compte 1 376 exécutions pour les quarante-sept jours de « Grande Terreur ». Le travail statistique que les historiens cartographient encore est celui de Donald Greer, The Incidence of the Terror during the French Revolution (1935). Ces totaux excluent les morts en prison, les exécutions sommaires et la guerre civile.
La guerre de Vendée a-t-elle été un génocide ?
C’est un débat d’historiens, et il n’est pas tranché. Reynald Secher soutient depuis 1985 qu’il y a eu génocide, décidé par la France révolutionnaire et exécuté par les armées de Turreau. Jean-Clément Martin le conteste : la Vendée n’était pas une population distincte avant 1793, et aucune organisation d’extermination n’est attestée. Il parle de crimes de guerre. Sur le nombre de morts, Michel Biard et Marisa Linton avancent une fourchette de 170 000 à 200 000.
Quand commence et quand s’achève la Révolution française ?
L’usage retient dix ans : des États généraux du 5 mai 1789 au coup d’État des 18 et 19 brumaire an VIII, les 9 et 10 novembre 1799. C’est dans la nuit du 20 brumaire que le Directoire est supprimé au profit de trois consuls provisoires. Entre les deux bornes se succèdent la monarchie constitutionnelle, la Convention et le Directoire ; le Consulat, lui, ouvre la suite.

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Sources

Mis à jour le 19 septembre 2026