Brésil · L’histoire en résumé
Histoire du Brésil en résumé : les dates qui comptent
Des peuples autochtones à la Constitution de 1988 : l’histoire du Brésil résumée en quatorze dates, de Cabral à Brasília et de Vargas à la fin de la dictature, chacune avec ce qu’elle explique du pays d’aujourd’hui, et les textes d’époque à l’appui.
L’histoire du Brésil tient en quelques dates. Des peuples autochtones y vivent bien avant le 22 avril 1500, jour où une flotte portugaise en route vers les Indes aperçoit la côte. Une colonie française s’installe dans la baie de Rio en 1555, et les Portugais y fondent leur ville en 1565. Jusqu’en 1888, l’esclavage est légal : par un seul quai de Rio, jusqu’à 900 000 Africains captifs seraient entrés aux Amériques, selon l’Unesco. L’indépendance arrive en 1822 avec un empereur, l’esclavage est aboli le 13 mai 1888, la République proclamée le 15 novembre 1889. Getúlio Vargas prend le pouvoir en 1930, Brasília devient capitale en 1960, les militaires gouvernent de 1964 à 1985, et la Constitution du 5 octobre 1988 fonde le Brésil démocratique d’aujourd’hui.
Avant 1500
Des peuples déjà là
Quand les Européens arrivent, la côte est habitée, et le droit brésilien en tire encore les conséquences. La Constitution de 1988 reconnaît aux peuples autochtones leur organisation sociale, leurs langues et des droits « originaires » sur les terres qu’ils occupent : le texte ne leur donne pas ces droits, il les « reconnaît ». Sur la côte, on parle le tupi, que le jésuite José de Anchieta décrira dans une grammaire au titre parlant : la langue « la plus utilisée sur la côte du Brésil ». Jean de Léry, lui, en notera un dialogue entier pour qui débarque.
Le chapitre qui le raconte : Deux livres pour une même langue22 avril 1500
Une montagne à l’horizon
La flotte de Pedro Álvares Cabral, partie de Lisbonne pour les Indes, aperçoit une haute montagne ronde, que le capitaine nomme Monte Pascoal, la montagne de Pâques. Le scribe Pero Vaz de Caminha raconte tout au roi D. Manuel dans une lettre datée du 1er mai, à Porto Seguro. Il n’a vu ni or ni argent, écrit-il, mais les eaux sont infinies et tout y poussera. Ne servirait-elle que de halte sur la route de Calicut, ce serait déjà assez. Le meilleur fruit à en tirer, ajoute-t-il, serait de « sauver » ses habitants, c’est-à-dire de les convertir.
Novembre 1555
La France Antarctique
Le chevalier de Malte Nicolas Durand de Villegagnon entre dans la baie que les habitants appellent Ganabara, celle de Rio. Il tente un rocher à l’entrée, la houle l’en chasse, et il fortifie une île, contre les habitants comme contre les Portugais, qui ont déjà « tant de forteresses en ce pays-là ». Jean de Léry, arrivé en mars 1557, en regrettera la perte. Le 1er mars 1565, Estácio de Sá pose près du Pão de Açúcar les bases de São Sebastião do Rio de Janeiro. Les Français et leurs alliés tamoios sont chassés le 20 janvier 1567.
Le chapitre qui le raconte : Une île dans la baie, et un fort28 janvier 1808
Le prince régent ouvre les ports
Le Portugal est occupé par une armée française, et le prince régent D. João, futur D. João VI, est à Bahia. Il signe une lettre royale qui admet dans les douanes du Brésil les marchandises venues sur les navires des nations en paix avec la Couronne, et suspend les lois qui interdisaient le commerce direct avec les étrangers. L’historienne Maria Regina da Cunha Rodrigues y voit d’abord une urgence financière, avec une cour nombreuse à faire vivre. Dans les faits, écrit Nelson Werneck Sodré, qu’elle cite, ce commerce est surtout anglais.
1811
Le quai du Valongo
À Rio, on commence à bâtir un quai de pierre pour débarquer les Africains réduits en esclavage. Jusqu’à 900 000 captifs seraient entrés aux Amériques par ce seul point, estime l’Unesco, qui l’a classé au patrimoine mondial comme la trace physique la plus importante de l’arrivée des esclaves africains sur le continent. Mis au jour par les fouilles de 2011, ses vestiges sont restés à l’air libre. Ses abords accueillent aujourd’hui des célébrations du patrimoine africain.
7 septembre 1822
L’indépendance, avec un empereur
Au bord de l’Ipiranga, à São Paulo, le prince D. Pedro proclame l’indépendance du Brésil. L’empire naît le 12 octobre, jour où il est acclamé empereur. La Constitution de 1824, « offerte et jurée » par l’empereur, en fait une monarchie héréditaire, constitutionnelle et représentative, avec le catholicisme pour religion d’État. Le texte compte les années à partir de l’Indépendance : mars 1824 en est la troisième. La loi de 1888 sur l’esclavage sera datée de la soixante-septième, et le 7 septembre reste un férié national.
13 mai 1888
L’esclavage aboli en deux articles
La loi n° 3.353 tient en deux articles. Le premier déclare l’esclavage éteint au Brésil à compter de la date de la loi, le second abroge les dispositions contraires. Elle est signée par la princesse impériale régente, au nom de l’empereur D. Pedro II, au palais de Rio. Le texte s’arrête là : il libère, et il ne prévoit rien pour la suite. Depuis une loi de 2023, le 20 novembre, jour de Zumbi et de la Conscience noire, est férié dans tout le pays.
15 novembre 1889
La République, à titre provisoire
Le décret n° 1 du gouvernement provisoire proclame « provisoirement » la République fédérative comme forme de gouvernement, et transforme les provinces en États : le pays s’appelle désormais les États-Unis du Brésil. La Constitution de 1891 ajoute une idée qui mettra près de soixante-dix ans à se réaliser : elle réserve à l’Union, sur le plateau central, une zone de 14 400 km² pour y établir « la future capitale fédérale ».
3 novembre 1930
Vargas, de la révolution à l’Estado Novo
Battu à la présidentielle par Júlio Prestes, Getúlio Vargas prend la tête d’un mouvement armé parti du Rio Grande do Sul. Le 24 octobre, les militaires déposent le président Washington Luís, et le 3 novembre Vargas devient président provisoire. Par décret, il s’attribue le pouvoir exécutif et le législatif, et confirme la dissolution du Congrès. Le 10 novembre 1937, il ferme de nouveau le Congrès et impose une Constitution qui déclare l’état d’urgence dans tout le pays. C’est l’Estado Novo, une dictature qui dure jusqu’en 1945.
21 avril 1960
Brasília sort de terre
Une loi de 1957 a fixé la date : ce jour-là, la capitale quitte Rio pour une ville créée de rien au centre du pays depuis 1956, dans le projet de modernisation du président Juscelino Kubitschek. L’urbaniste Lúcio Costa dessine le plan, l’architecte Oscar Niemeyer les bâtiments, et l’Unesco y voit un exemple achevé de l’urbanisme moderniste du XXe siècle, avec un plan souvent comparé à un oiseau en vol. La Constitution actuelle l’écrit en une ligne : « Brasília est la capitale fédérale ».
9 avril 1964
Les militaires prennent le pouvoir
Un « Acte institutionnel » signé par les commandants de l’Armée de terre, de la Marine et de l’Armée de l’air annonce que la « révolution victorieuse » a destitué le gouvernement et s’investit du pouvoir constituant. Le régime gouverne ensuite à coups d’actes. Le cinquième, du 13 décembre 1968, permet au président de mettre le Congrès en congé forcé, suspend l’habeas corpus pour les crimes politiques, et soustrait tous ces actes au contrôle des juges.
15 mars 1985
La fin de la dictature
En 1984, malgré la campagne des Diretas Já, le Congrès rejette l’élection directe du président. Le 15 janvier 1985, un collège électoral élit donc l’opposant Tancredo Neves, par 480 voix contre 180. La veille de l’investiture, il est opéré d’urgence. Le 15 mars au matin, le Congrès investit son vice-président, José Sarney. Pour le Sénat, c’est le retour aux libertés démocratiques après 21 ans de dictature. Tancredo Neves meurt le 21 avril sans avoir pris ses fonctions.
5 octobre 1988
Une Constitution pour la démocratie
Un amendement de novembre 1985 convoque une Assemblée nationale constituante « libre et souveraine » pour le 1er février 1987. Son texte, promulgué le 5 octobre 1988, fonde un « État démocratique de droit ». Il rend le vote obligatoire dès 18 ans et facultatif pour les analphabètes, les plus de 70 ans et les jeunes de 16 et 17 ans, fait du racisme un crime imprescriptible, et reconnaît les droits des peuples autochtones sur leurs terres. C’est toujours la Constitution du Brésil.
16 octobre 2026
La forêt comptée au kilomètre carré
L’Institut national de recherches spatiales publie son estimation annuelle : 3 335 km² déboisés en Amazonie légale entre août 2025 et juillet 2026, d’après des images satellite. C’est 41,81 % de moins qu’un an plus tôt, et le taux le plus bas depuis le début du suivi, en 1988. Seules comptent les coupes de plus de 6,25 hectares, pour rester comparable à la série d’origine. Le suivi de la forêt et la Constitution ont donc le même âge.
Le chapitre qui le raconte : Surveiller une forêt par satellite
Questions fréquentes
- Qui a découvert le Brésil ?
- Pour l’Europe, la flotte portugaise de Pedro Álvares Cabral, qui aperçoit la côte le 22 avril 1500 en route vers les Indes. Le pays était déjà habité : la Constitution de 1988 reconnaît aux peuples autochtones des droits « originaires » sur leurs terres. L’arrivée est racontée par la lettre du scribe Pero Vaz de Caminha au roi D. Manuel, datée du 1er mai 1500.
- Quand le Brésil est-il devenu indépendant ?
- Le 7 septembre 1822, quand le prince D. Pedro proclame l’indépendance au bord de l’Ipiranga, à São Paulo. Le 12 octobre, il est acclamé empereur, et la Constitution de 1824 fait du pays une monarchie héréditaire, constitutionnelle et représentative. Le 7 septembre est resté férié. La République n’est proclamée que le 15 novembre 1889, par le décret n° 1 du gouvernement provisoire.
- Quand l’esclavage a-t-il été aboli au Brésil ?
- Le 13 mai 1888, par la loi n° 3.353, qui tient en deux articles et déclare l’esclavage éteint au Brésil à compter de sa date. Elle est signée par la princesse impériale régente au nom de l’empereur D. Pedro II. À Rio, le quai du Valongo, par où jusqu’à 900 000 Africains captifs seraient entrés aux Amériques selon l’Unesco, est aujourd’hui inscrit au patrimoine mondial.
- Pourquoi la capitale du Brésil est-elle Brasília ?
- L’idée est inscrite dès la Constitution de 1891, qui réserve sur le plateau central une zone de 14 400 km² pour une future capitale fédérale. Elle se réalise entre 1956 et 1960 sous le président Juscelino Kubitschek, avec le plan de Lúcio Costa et les bâtiments d’Oscar Niemeyer, et la capitale est transférée le 21 avril 1960. La Constitution de 1988 le confirme : « Brasília est la capitale fédérale ».
- Quand la dictature militaire a-t-elle pris fin au Brésil ?
- Le 15 mars 1985, quand le Congrès investit José Sarney, vice-président élu avec Tancredo Neves par un collège électoral le 15 janvier. Les militaires gouvernaient depuis 1964, par une série d’« actes institutionnels ». La Constitution du 5 octobre 1988, toujours en vigueur, fonde ensuite un « État démocratique de droit ».
Sources
- Constituição da República Federativa do Brasil de 1988, articles 1, 5, 14, 18 et 231 (planalto.gov.br)
- José de Anchieta, Arte de grammatica da lingua mais usada na costa do Brasil, réédition de 1874 (archive.org)
- Jean de Léry, Histoire d’un voyage fait en la terre du Brésil, dite Amérique, édition de 1611 (archive.org)
- Renato Pereira Brandão, « As Relações Étnicas na Conquista da Guanabara : índios e o domínio do Atlântico Sul », IFCH, Universidade Estadual de Campinas
- Carta de Pero Vaz de Caminha a El-Rei D. Manuel, 1er mai 1500, édition de Bahia, 1900 (archive.org)
- William Brooks Greenlee, The Voyage of Pedro Álvares Cabral to Brazil and India, Hakluyt Society, 1938 (archive.org)
- Maria Regina da Cunha Rodrigues, « A Carta Régia de 28 de janeiro de 1808 », Revista de História, Universidade de São Paulo
- Unesco, Centre du patrimoine mondial, Valongo Wharf Archaeological Site
- Hendrik Kraay, « A Invenção do Sete de Setembro, 1822-1831 », Almanack Braziliense n° 11, Universidade de São Paulo, 2010
- Constituição Política do Império do Brazil, 25 mars 1824 (planalto.gov.br)
- Lei nº 3.353, de 13 de maio de 1888 (planalto.gov.br)
- Decreto nº 1, de 15 de novembro de 1889 (planalto.gov.br)
- Constituição da República dos Estados Unidos do Brasil, 24 février 1891, article 3 (planalto.gov.br)
- Assembleia Legislativa do Estado de São Paulo, « Constituições de 1934 e 1937 : a era Vargas »
- Decreto nº 19.398, de 11 de novembro de 1930, qui institue le Gouvernement provisoire (planalto.gov.br)
- Constituição dos Estados Unidos do Brasil, 10 novembre 1937, articles 178, 186 et 187 (planalto.gov.br)
- Lei nº 3.273, de 1º de outubro de 1957, qui fixe la date du transfert de la capitale (planalto.gov.br)
- Unesco, Centre du patrimoine mondial, Brasilia
- Ato Institucional nº 1, de 9 de abril de 1964 (planalto.gov.br)
- Ato Institucional nº 5, de 13 de dezembro de 1968 (planalto.gov.br)
- Agência Senado, « A madrugada mais longa da República faz 30 anos », Arquivo S, 2015 (senado.leg.br)
- Emenda Constitucional nº 26, de 27 de novembro de 1985 (planalto.gov.br)
- Lei nº 14.759, de 21 de dezembro de 2023 (planalto.gov.br)
- Ministério das Relações Exteriores, Feriados e pontos facultativos 2026 (gov.br)
- INPE, Nota técnica : Estimativa de desmatamento na Amazônia Legal para 2026 é de 3.335 km², 16 octobre 2026 (data.inpe.br)
Mis à jour le 26 octobre 2026