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Japon · L’histoire en résumé

Histoire du Japon en résumé : les dates qui comptent

L’histoire du Japon en treize dates, des potiers Jômon au séisme de 2011 : les capitales, les shôguns, la fermeture du pays, Perry, Meiji, la guerre et la Constitution, chacune avec la raison pour laquelle elle compte.

L’histoire du Japon se lit comme une suite de portes qu’on ouvre et qu’on referme. L’archipel reçoit de Corée le bouddhisme et copie sur la Chine le plan de sa capitale. À partir de la fin du XIIe siècle, il laisse le pouvoir réel aux shôguns, des chefs de guerre, pendant près de sept siècles, sous un empereur resté souverain en titre. Il ferme presque tout à l’Europe en 1639-1641, rouvre sous la pression américaine en 1853-1854, se transforme à toute vitesse après 1868, puis se reconstruit après 1945 sous une Constitution qui renonce à la guerre. Voici les treize dates qui comptent, et pourquoi.

  1. vers 13 000 av. J.-C.

    Les Jômon se mettent à cuire l’argile

    À la fin de l’ère glaciaire, des forêts de chênes, de châtaigniers et de noyers gagnent l’archipel. C’est là que commence la période Jômon, vers 13 000 avant notre ère, avec l’invention de la poterie. Le pot change la vie : on peut faire bouillir, attendrir ce qui est dur, ôter l’amertume des plantes, conserver. Cette culture de cueilleurs, de pêcheurs et de chasseurs dure environ dix mille ans. Elle s’achève quand la riziculture s’installe pour de bon dans l’archipel, il y a environ 2 400 ans.

  2. 552

    Le bouddhisme arrive de Corée

    Cette année-là, selon la chronique officielle achevée en 720, le roi de Paekche, un royaume de Corée, offre à l’empereur une statue du Bouddha en or et en cuivre, des bannières et des sûtras. La date compte pour la suite : c’est au bouddhisme, écrit en 1905 un professeur de japonais et de philologie, que le Japon doit l’abandon de la viande, plus de mille ans plus tôt. Le poisson reste permis, « concession à la faiblesse humaine », et la table repose sur le riz, le poisson, les œufs et un peu de légumes.

    Le chapitre qui le raconte : Mille ans sans viande
  3. 712 et 720

    Le Japon écrit ses origines

    Deux livres, à huit ans d’écart. Le Kojiki, achevé en 712, est le plus ancien monument de la littérature japonaise. Le Nihongi, achevé en 720, raconte le pays depuis l’âge des dieux : la déesse du soleil enfermée dans sa grotte, le serpent à huit têtes, puis la lignée des empereurs. Il compte parce qu’il adosse la dynastie à ces récits, et parce qu’il travaille en compilateur : des dizaines de fois, il donne une autre version d’une scène, introduite par « dans un écrit il est dit ».

    Le chapitre qui le raconte : Un livre qui donne plusieurs versions
  4. 794

    Kyoto devient la capitale pour mille ans

    Après Heijô-kyô, l’actuelle Nara, capitale de 710 à 784, puis dix ans à Nagaoka, la cour s’installe en 794 à Heian-kyô, qu’on appellera Kyoto. La ville est tracée en damier, sur le modèle de Chang’an, la capitale chinoise des Tang. Elle reste la capitale plus de mille ans, jusqu’à son transfert à Tokyo, en 1869. La culture de cour qui s’y épanouit à l’époque de Heian, raffinée à partir de ce qui venait de Chine, servira de modèle aux dirigeants des siècles suivants. Le Tô-ji et le Kiyomizu-dera comptent parmi les lieux qui représentent cette fondation.

  5. 1185

    Dannoura : les guerriers prennent le pouvoir

    Bataille navale entre deux grandes familles de guerriers, les Taira et les Minamoto. Les Taira sont anéantis, et le chef des Minamoto, Yoritomo, prend le pouvoir, puis obtient de la cour de Kyoto le titre de shôgun, « généralissime ». Jusqu’en 1867, ce sont les shôguns qui gouvernent, pendant que l’empereur reste le chef de l’État en théorie, descendant de la déesse du soleil. Dans la bataille, le sabre sacré, l’un des trois insignes impériaux, est perdu en mer. « De telles pertes ne sont pas irréparables », note un japonologue en 1905.

    Le chapitre qui le raconte : Un livre qui donne plusieurs versions
  6. 1543

    Des Portugais débarquent avec des fusils

    Une jonque s’échoue sur l’île de Tanegashima avec des Portugais à bord, et des arquebuses. Le seigneur de l’île en achète deux et en fait faire des copies : ce sont les premières armes à feu fabriquées au Japon. La date ouvre un siècle de contacts avec l’Europe, et les premiers missionnaires catholiques arrivent en 1549. La guerre change, l’attaque comme la défense, jusqu’à la forme des châteaux. Ce siècle finit dans la persécution des chrétiens, entre 1617 et 1638, et prépare la fermeture qui suit.

  7. 1603

    Tokugawa Ieyasu fonde le shôgunat d’Edo

    Tokugawa Ieyasu devient shôgun et installe son gouvernement au château d’Edo, sur le site de l’actuel palais impérial de Tokyo. Sa famille garde le pouvoir jusqu’en 1867 : environ 260 ans, que le Musée national de Tokyo décrit comme une longue paix. Les trois premiers shôguns de la famille, Ieyasu, Hidetada et Iemitsu, posent le cadre qui tiendra tout ce temps. En 1868, le château passera au nouveau gouvernement de l’empereur Meiji et deviendra le palais impérial.

  8. 1639-1641

    Le pays ferme ses portes, sauf une

    Après la révolte de Shimabara, en 1637, le shôgunat chasse les Portugais en 1639. En 1641, il installe les marchands hollandais sur Dejima, une île artificielle devant Nagasaki, bâtie cinq ans plus tôt pour y regrouper les Portugais et freiner la diffusion du christianisme. Pendant plus de deux siècles, seuls des navires hollandais et chinois autorisés commercent avec le pays. Le néerlandais y laisse des traces : en 1905, dans la langue familière, dimanche se dit encore dontaku, du néerlandais zondag.

    Le chapitre qui le raconte : Deux siècles par une porte de six cents pieds
  9. 1853-1854

    Perry force la porte

    Le 8 juillet 1853, le commodore américain Matthew Perry entre dans la baie d’Edo avec quatre navires, devant la ville du shôgun, loin de Nagasaki où commerçaient les Hollandais. Il revient au printemps suivant avec une escadre plus grande. Le traité de Kanagawa, signé le 31 mars 1854, ouvre deux ports aux navires américains, Shimoda et Hakodate. Un traité commercial suit en 1858. Cette ouverture forcée, avec d’autres causes internes, affaiblit le shôgunat jusqu’à sa chute.

    Le chapitre qui le raconte : Deux siècles par une porte de six cents pieds
  10. 1868

    Meiji : le pays se réinvente à toute vitesse

    L’empereur reprend le pouvoir et s’installe dans l’ancien château des shôguns, à Edo, devenue Tokyo. Le nouveau gouvernement de Meiji modernise le pays en important les manières occidentales. Le calendrier y passe : le 3 décembre de l’an 5 de Meiji devient le 1er janvier 1873, dans une grande confusion. Un philologue arrivé au Japon cette année-là écrit en 1905 qu’il se sent « âgé de près de quatre cents ans ». Les Japonais, ajoute-t-il, se vantent d’avoir fait en trente ou quarante ans ce que l’Europe a mis quinze ou vingt siècles à accomplir.

    Le chapitre qui le raconte : Trente ans qui en valent quatre cents
  11. 1945

    Hiroshima et la fin de la guerre

    Le 6 août 1945, à 8 h 15, une bombe atomique explose au-dessus de Hiroshima. La ville estime qu’environ 140 000 personnes en sont mortes avant la fin de décembre. Le 9 août à 11 h 02, une deuxième bombe dévaste Nagasaki. Le 15 août à midi, la radio diffuse le message impérial qui annonce la fin de la guerre, et la capitulation est signée le 2 septembre à bord de l’USS Missouri. Le général MacArthur est arrivé le 30 août : le Japon est occupé, et c’est sous l’occupation que s’écrit sa nouvelle Constitution.

  12. 1947

    Une Constitution qui renonce à la guerre

    Promulguée le 3 novembre 1946, la Constitution entre en vigueur le 3 mai 1947. Son article premier fait de l’empereur « le symbole de l’État et de l’unité du peuple », qui tient sa position de la volonté du peuple, et son article 4 lui retire tout pouvoir de gouverner. Son article 9 dit que le peuple japonais renonce à jamais à la guerre comme droit souverain, et qu’aucune force armée ne sera entretenue. Le 1er janvier 1946, l’empereur avait déjà proclamé sa nature humaine : le descendant de la déesse du soleil devient un symbole.

  13. 2011

    Le 11 mars, la terre tremble et la mer monte

    Le 11 mars 2011 à 14 h 46, un séisme de magnitude 9,0, le plus fort jamais enregistré au Japon, se produit au large de la côte Pacifique du Tôhoku, dans le nord-est. Le tsunami qui suit dévaste le littoral et frappe la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi : privée d’électricité, elle perd son refroidissement, et le combustible de trois réacteurs fond. C’est le pire accident nucléaire depuis Tchernobyl. Le pays, posé à la rencontre de quatre plaques, avait déjà avant 1905 une chaire de sismologie et des centaines de stations, pour environ cinq cents secousses par an.

    Le chapitre qui le raconte : Un pays posé sur l’anneau

Questions fréquentes

Quelles sont les grandes périodes de l’histoire du Japon ?
Pour se repérer : la période Jômon, à partir de 13 000 avant notre ère environ ; l’arrivée de la riziculture, il y a environ 2 400 ans ; Nara, capitale de 710 à 784 ; Heian, à partir de 794, quand la cour s’installe à Kyoto ; les shôguns, de la fin du XIIe siècle à 1867, dont l’époque d’Edo à partir de 1603 ; puis Meiji, à partir de 1868, et le Japon d’après 1945.
Pourquoi le Japon s’est-il fermé au monde ?
Pour arrêter le christianisme, d’abord. Dejima, l’île artificielle de Nagasaki, est bâtie en 1636 pour regrouper les Portugais et freiner leurs missions. Après la révolte de Shimabara, en 1637, le shôgunat les expulse en 1639, puis installe en 1641 les Hollandais sur Dejima. Le commerce avec l’Europe passe dès lors par cette île, jusqu’à l’ouverture des ports de Nagasaki, Yokohama et Hakodate en 1859.
Qu’est-ce que l’ère Meiji au Japon ?
C’est la période ouverte en 1868, quand le shôgunat tombe et que l’empereur reprend le pouvoir. Le nouveau gouvernement modernise le pays en important les manières occidentales : la cour quitte Kyoto pour Tokyo, et le calendrier grégorien remplace l’ancien calendrier lunaire le 1er janvier 1873.
Le Japon a-t-il encore un empereur ?
Oui. Depuis la Constitution entrée en vigueur le 3 mai 1947, l’empereur est « le symbole de l’État et de l’unité du peuple » et n’a aucun pouvoir de gouverner. La dynastie se rattache, dans les chroniques du VIIIe siècle, à la déesse du soleil, et un miroir, un sabre et un joyau lui servent d’insignes.

Sources

Mis à jour le 26 octobre 2026